La politique culturelle, enjeu du XXIe siècle


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Pour bien commencer la rentrée, je vous propose la critique d’un livre trouvé par hasard, au détour d’un rayon de ma bibliothèque. C’est un ouvrage rédigé par Guillaume Cerruti qui traite de la politique culturelle. Cet auteur n’est pas étranger à la question de la culture en France. Il sera à la tête du centre George Pompidou entre 1996 et 2001. Il accèdera à la fonction politique, en étant directeur de cabinet du ministre de la culture entre 2002 et 2004. Et passera par la suite dans le privé au service de maisons de vente prestigieuses. A la lumière de ce parcours, son avis sur la politique culturelle française est un moyen pour nous d’obtenir un point de vue plus éclairé sur le sujet. Pour commencer, je ne peux m’empêcher de vous délivrer d’emblée mon avis sur son ouvrage. Il fait partie des livres à lire. Il est d’une grande accessibilité et permettra à n’importe qui de découvrir, au travers de nombreux thèmes, comment la politique culturelle française peut évoluer, pour peu que l’on y mette la volonté politique nécessaire.

De faible dimension, il se compose de 180 pages à la police aérée, ce qui en facilite sa lecture et la rend plus fluide. Le livre s’articule autour de thèmes comme : l’architecture, les artistes, le centre George Pompidou, le cinéma, la décentralisation et bien d‘autres encore. L’auteur nous indique d’ailleurs à la fin de son livre que celui-ci est constitué en partie de textes publiés initialement dans Le Quotidien de l’Art. Et qu’ils ont été complétés et actualisés pour les besoins du livre. Pour ce qui est maintenant du contenu des textes et de leur pertinence, il y a de quoi lire et réfléchir sur les choix culturels français. Avec par exemple ses nombreux modèles qui permettent à certains auteurs de pouvoir bénéficier du soutien de l’Etat. La question de l’exception culturelle française est assez souvent abordée, et mise en lumière dans des pratiques que l’on ne pourra pas contester. Si dans l’ensemble les avis sont aussi bien argumentés qu’exposés de manière à être compréhensibles et incontestables, il y a malgré tout quelques points qui auraient mérité un peu plus de développement et de propositions.

A la lecture de ce type d’ouvrage, on comprendra tous que Guillaume Cerruti ne peut livrer un mode d’emploi à destination du ministère de la culture. Cependant, ce qui me reste en tête après lecture de la dernière page, c’est qu’une fois de plus une personne de ce calibre n’est plus au gouvernement. J’ai souvent considéré que la culture devait être gérée par un ensemble d’hommes et de femmes dont la compétence devait primer sur les idées politiques. C’est une vision qui tient compte d’une réalité simple. Pour apporter des solutions durables et avantageuses pour tous les acteurs de la culture, on se doit de dépasser des clivages politiques. La véritable instabilité et, n’ayons pas peur des mots, l’inefficacité des ministres de la culture du précédent mandat ont laissé une faille un peu trop large pour qu’elle soit comblée rapidement aujourd’hui. Toutes les idées devraient être analysées en fonction des possibles résultats et non vis-à -vis de votre famille politique.

Quand un nouveau gouvernement arrive au pouvoir, il y a cette impression que tout est à recommencer depuis le début. Et l’un des exemples énoncés dans ce livre en est la preuve. Qu’en est-il aujourd’hui de la question de l’apprentissage de l’histoire des arts au sein des collèges ? Quel avenir pour cette matière ? Est-elle encore enseignée partout en France métropolitaine et dans les autres départements d’outre-mer ? Si c’est le cas, qui l’enseigne ?  Le thème de l’enseignement de l’histoire des arts aurait d’ailleurs mérité plus de développement tant son application est complexe. Parlez-en avec des enseignants et vous verrez leur visage se déformer… Réformer un pays ne passe pas nécessairement par l’annulation des prises de position du gouvernement précédent. Sur le plan culturel, des annulations de constructions d’infrastructures promises et le refus d’augmenter des budgets ont des conséquences humaines plus importantes qu’on ne le croit. La culture en France va connaître un incroyable effet domino. Les plus avertis sur le sujet le savent, pendant qu’une partie du public, des professionnels et des politiciens se voile la face.

Avec ce genre de livre, il est intéressant de noter de nombreux points de similitude entre le discours de Guillaume Cerruti et les idées émises par bon nombre de professionnels du secteur culturel. Ici même, je ne cesse de publier des textes au sein desquels j’interpelle les lecteurs sur l’importance de protéger le patrimoine vivant des français : les Artistes. Voici un extrait qui, à lui seul, vous donne la tonalité sur la qualité des propos que l’on peut y lire.

 

« L’acquisition d’œuvres d’art contemporaines par les collectivités publiques ou leurs établissements est-elle le moyen le plus judicieux pour soutenir la création ? Quand le Fonds national d’art contemporain, les Fonds régionaux d’art contemporain, le centre Pompidou achètent des œuvres d’artistes vivants, ils participent naturellement à leur reconnaissance. Cependant, plutôt que d’intervenir ainsi directement sur le marché, il me semble que la puissance publique devrait surtout se préoccuper de créer un contexte favorable au travail et à la reconnaissance des artistes contemporains. »

 

Tout au long de votre lecture, vous découvrirez des idées et des prises de positions que l’on souhaiterait lire plus souvent, voire entendre beaucoup plus fréquemment, comme ici :

 

« nos institutions ont souvent tendance à s’emparer des artistes français une fois qu’ils ont atteint la notoriété internationale, plutôt que de les aider à acquérir cette reconnaissance en prenant l’initiative de les exposer en premier »

 

Plusieurs autres questions sont abordées sans pour autant se montrer prétentieux ou directif quant à la réponse que l’auteur propose. Ce livre est à prendre comme il se présente, avec son ensemble de propositions qui à coup sûr éveilleront les plus curieux d’entre vous. Si je devais accorder un petit bémol à cette lecture, elle se situerait du coté de la densité des textes. Vous me connaissez maintenant et vous savez que je suis très exigent sur une longueur de contenu. Ici, les textes sont pour moi un peu trop courts. Sur la question de la peinture par exemple, j’ai trouvé que l’auteur se montrait un peu léger. Avec une telle expérience, je me refuse à croire que Guillaume Cerutti n’aurait pas plus à dire. Et c’est tout le problème de ce livre qui, dans l’ensemble, vous amènera sur un sentier qui vous apparaitra comme une introduction à la politique culturelle. On ne peut que demander à Guillaume Cerruti de publier un nouvel ouvrage qui aura au moins des prises de positions un peu plus fermes, comme il sait en avoir sur d’autres sujets. Surtout, qu’il continue de nous apporter d’autres exemples et anecdotes qui densifieront des sujets qui méritent que l’on se penche sur eux, pour trouver des solutions définitives et durables.

En conclusion, je recommanderai bien évidemment cet ouvrage à tous les amateurs d’arts confondus. La politique culturelle est un sujet qui nous concerne tous. A nous de comprendre ses enjeux afin de participer à son évolution. Je terminerai sur une dernière citation du livre :

 

« il faut commencer par replacer les artistes au cœur des préoccupations du ministère, alors que son organisation les en a éloignés, et faire évoluer les modes de soutien dont ils bénéficient »

 

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