Exposition de Tanino Liberatore à la Galerie Glénat 4


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Me rendre à une exposition de Tanino Liberatore ne m’aura fait regretter qu’une seule chose : ne pas savoir parler italien. Non pas que l’artiste ne s’exprime que dans sa langue natale, mais je dois avouer qu’être aussi proche d’un auteur de ce calibre et ne pas pouvoir l’aborder comme on le voudrait crée une certaine frustration. Comment définir Liberatore autrement que par les milliers d’infos que vous trouverez sur son compte dans les nombreux articles qui lui sont consacrés ? Commençons par le début peut-être, le premier contact. Une poignée de main franche, un regard ouvert et un sourire sincère. De la simplicité dans l’apparence, loin des codes vestimentaires qui induiraient un rang ou une classe sociale.

Liberatore s’impose non pas par son image ou son allure mais par celles qu’il produit. Et c’est justement cette qualité d’image que je vous invite à découvrir. J’aurais pu vous parler de sa carrière d’auteur de BD, de son travail sur des costumes de film ou encore de l’ouvrage qui recense les images présentées. De vous à moi, peu importe ce qu’il a fait hier, c’est ce qu’il fait maintenant et ce qu’il fera demain qui est important. Alors que vous allez découvrir un ensemble d’images réalisées pour livrer une interprétation des Fleurs du mal, un autre ouvrage va paraître au mois de septembre, ce qui sous-entend qu’une autre exposition se fera. Et qu’une nouvelle fois je m’y rendrai pour vous en délivrer l’essence. En attendant, laissez-moi vous offrir cet ensemble de pièces qui est un ravissement pour l’œil et des mets de qualité pour les passionnés d’art que nous sommes.

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Les dessins présentés étaient en majorité des grands formats. Ici encore, le format (115cm x 140cm) est pleinement utilisé pour amener un cadrage intéressant. L’image est décomposée pour être au service d’un propos où la grâce du sujet en est l’un des thèmes. La posture héritée des grands peintres, le détail décoratif dans la partie basse de l’image qui est incomplet, et enfin la précision apportée au modelé du corps féminin dans sa partie la plus sensuelle, sont autant d’éléments qui amènent de la force et de l’équilibre à cette image à la fois douce et rugueuse. Une image de plus qui aurait parfaitement sa place dans n’importe quel musée du monde.

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Je pourrais aussi vous parler du traitement de ce visage qui le présente presqu’en négatif sur cette image. Les couleurs vives qui viennent ré-hausser l’ensemble, et la finesse du trait qui suggère un corps dont on devine en partie les contours. Comment ne pas prendre plaisir en observant chaque image à la recherche du geste qui a amené autant de justesse dans les proportions et les choix esthétiques ?

 

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Il est aujourd’hui courant d’observer de nombreux auteurs comme Liberatore passer progressivement dans le monde des arts contemporains. Tous les auteurs de BD qui ont su développer une identité graphique assez forte pour être perçus comme des artistes sans avoir besoin de se justifier vont s’y résoudre par la force des choses. Cependant, ne pensez pas qu’il suffit d’avoir le talent d’un artiste peintre pour en attendre une reconnaissance professionnelle et pour obtenir une cote qui se tient (et surtout qui évolue) enchères après enchères. La récente vente chez Christie’s nous a démontré que les collectionneurs ne s’y trompent pas et achètent des pièces fortes et susceptibles de gagner en cote par la suite.

 

Concernant Liberatore qui est parfaitement connu et reconnu en Italie, il sera toujours intéressant de voir comment sur la durée son œuvre va s’inscrire dans le champ des arts contemporains en France. Pour le moment, il ne jouit pas de la couverture médiatique qu’il mérite, mais les choses pourraient rapidement changer si une galerie faisait le pari de le positionner dans des grands salons spécialisés en dessin. Participer à de grandes ventes aux enchères est un plus, mais ne l’installera pas encore durablement dans cet écosystème qui ne vous protège que lorsque vos œuvres dépassent les 100 000 euros. Les œuvres encore « accessibles » de Tanino nous autorisent encore à rêver de casser un plan d’épargne logement pour s’offrir un original digne de ce nom pour quelques milliers d’euros. Réveillez-vous maintenant avant qu’elles ne franchissent un seuil inatteignable pour le commun des mortels. Il ne faut pas grand chose parfois. Il suffirait pour cela qu’un musée privé (ou public?) parie sur lui en accordant une place concrète dans un musée à forte visibilité comme le Louvre. Qui sait ce que l’avenir réserve à cet auteur qui n’a pas fini de nous surprendre avec un trait de crayon inoubliable.

 

Les Fleurs du Mal


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