Artistes, osez les produits dérivés… avant que quelqu’un d’autre ne le fasse pour vous ! 14


 

 

khayleen.jpg_effected© copyright image : Antoine Titus

  

 

Les musées français se sont depuis longtemps ouverts à la commercialisation de produits dérivés. Cette pratique règlementée permet aux amateurs d’art d’obtenir de belles reproductions, à des tarifs abordables. Face à ce commerce, de nombreux créateurs essaient, eux aussi à leur manière, de produire des œuvres d’art accessibles sans pour autant tomber dans la grande série. J’en viens à me demander si, dans l’avenir, les artistes ne seront pas obligés de se transformer en marque et, à terme, en micro société. Si les sculpteurs ou les photographes sont accoutumés à la reproduction à petite échelle de leurs travaux, d’autres artistes sont complètement étrangers à cette pratique.

 

Imprimante 3D, impression textile, personnalisation d’objet en tout genre… de nombreuses solutions existent pour vous permettre de diffuser plus largement votre art. Au fur et à mesure de mes rencontres avec des artistes, les interrogations et les reproches sont toujours les mêmes concernant la pratique des arts en France : tarifs des stands, tarifs des matières premières, tarifs des sous-traitants… Les frais s’accumulent alors que les bénéfices diminuent. Dans ce cas, pourquoi ne pas penser différemment sur une courte période en approchant un autre type de public, sans pour autant dévaloriser votre travail d’artiste ?

 

Est-il possible d’envisager des collaborations avec d’autres corps de métier pour accéder à d’autres produits ? Atteindre d’autres publics deviendra une priorité pour tous si les acheteurs d’art se raréfient ou investissent dans d’autres marchés, comme celui de la collection. Les collectionneurs n’ont pas attendu l’exposition de jouets Star Wars au musée des arts décoratifs de Paris pour comprendre que tout ce qui est rare, y compris dans une catégorie niche comme les jouets, peut s’avérer rentable pour celui qui sait où regarder. D’ailleurs, il y a de plus en plus de chaînes de magasins qui diffusent de l’art accessible au sein des grandes villes : Yellow Korner ou Lumas pour l’image ; Arteum et L’univers de Léo pour les objets atypiques et les reproductions ;  les boutiques du Louvre qui proposent des reproductions d’après moulage. Et je ne compte pas les milliers de boutiques estampillées « Design » qui proposent des objets de décoration et d’art dans la même fourchette de prix.

 

Lors du dernier salon Maison et Objet, j’ai pu estimer l’ampleur du marché de la reproduction d’art et, croyez moi, il est de plus en plus qualitatif et de plus en plus considérable. Ce qui signifie deux mauvaises nouvelles pour les artistes : La première, c’est qu’ils laissent s’échapper une partie de leur potentielle clientèle vers un marché dont les références sont celles de la décoration. La seconde, c’est l’amélioration de la qualité de fabrication sur des pièces tirées à des milliers d’exemplaires. Un jour prochain, nous serons peut-être confrontés à un nouveau dilemme. Quand une copie deviendra aussi qualitative qu’une oeuvre originale qu’est-ce qui guidera le choix de l’acheteur ?

 

Les clients d’aujourd’hui aiment changer d’intérieur en deux clics de simulation via des applications sur leur tablette. On peut même placer virtuellement un tableau en prenant une photo de notre salon via son smartphone. Alors que se passera-t-il quand, pour le prix d’une œuvre d’art, vous pourrez en avoir 10 dans une matière allant de la pierre à la porcelaine. Les clients sont de plus en plus sensibles à la qualité perçue, mais qui peut définir avec précision une matière aujourd’hui en la regardant ? Même les analystes en faux sont obligés de prendre un matériel de plus en plus sophistiqué pour voir la trame d’une impression numérique sur du papier.

 

Problème de mathématique du professeur Tournesol, Niveau 1 :

Si Paul vend une pièce en bois en atelier à 2000 euros en 8 exemplaires alors qu’André vend une version équivalente à 200 euros en 150 exemplaires, lequel des deux aura le plus de revenus ? Vous avez deux minutes…

 

Mon discours n’est pas là pour vous dire que c’est la fin de l’art original et que nous vivons le sacre de la copie. Je ne fais que noter l’engouement croissant pour cet « art accessible » qui s’inspire ouvertement du travail de nombreux artistes qui ne terminent pas leur fin de mois et qui, au pire, n’arrivent plus à exercer leur activité. Il faudra impérativement dans les années à venir éveiller une catégorie d’auteurs vers la production d’œuvres en séries, ne serait-ce que pour leur permettre de conserver leur activité sur le long terme. Les progrès en matière de finition et de durée de production des objets ont littéralement explosé et ce n’est pas les récentes avancées technologiques qui me feront dire le contraire.

Voici quelques exemples d’objets que l’on trouve à peu près partout maintenant. Toutes ressemblances avec des œuvres existantes seraient bien entendu fortuites…

 

 La copie disponible en plusieurs couleurs

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L’original de Jeff Koons

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La copie en résine à quelques centaines d’euros

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 Voici l’oeuvre originale de Yue Minjun, à plusieurs dizaines de milliers d’euros

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Une « décoration » de jardin…

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La sculpture originale en bois flotté d’Heather Jansch

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Les artistes sont des sources inépuisables (et inestimables) d’inspiration

 pour les producteurs d’objets de décoration.

 

Certains artistes m’ont avoué avoir peur des copies chinoises. Mais ce ne sont pas des sociétés asiatiques que j’ai rencontrées lors du salon Maison et Objet. Et celles qui s’inspiraient ouvertement des œuvres de Giacometti ne l’étaient pas non plus. Aujourd’hui, n’importe quelle société peut produire à grande échelle des produits de haute qualité. A partir du moment où vous avez un atelier de production pour le faire, tout est possible.

 

Malgré ces observations un artiste peut s’associer avec une société de production d’objets de décoration. Attention, je ne parle pas des sociétés qui sont montrées en exemple. Il existe des prestataires sérieux en France. Certaines manufactures sont parfaitement accoutumées aux partenariats quand il s’agit de réaliser des objets en série limitée, par exemple. C’est à vous d’estimer si vos productions artistiques peuvent entrer dans un autre domaine sans que cela vous porte préjudice. Je sais que demander à des auteurs exerçant en arts plastiques d’avoir une démarche semi-industrielle n’est pas une chose aisée. Cependant, les frontières s’effacent de plus en plus, les menuisiers par la force des choses passent de l’artisanat d’art à l’Art Design et deviennent Designer. L’appellation « Design » permet de mieux vendre à une clientèle exigeante, prête à payer le prix fort pour s’émanciper des fournisseurs de mobiliers classiques. Une table basse en béton ciré, une matière complémentaire comme la porcelaine pour le contraste… étiquetez le tout avec le logo « Design » en forme de moustache et ça passe…

 

Une nouvelle ère de confusion ?

 

J’ai honte de vous l’avouer mais je me suis fais piéger il y a quelques temps, comme un touriste, dans une boutique parisienne. C’est une enseigne assez connue qui vend des copies et des reproductions d’art. En ayant accès à la partie « galerie » du magasin, vous êtes censés être confrontés à des originaux. En tout cas c’est ce que je comprends quand on me présente des oeuvres signées, regroupées dans un espace à part comme c’était le cas à ce moment-là. Une pièce avait attiré mon attention, je m’en approche et constate une mauvaise gestion des proportions de la statue qui était une femme en tension sur ses pieds. Son cou était vraiment trop long, mais bon, l’ensemble était cohérent. Il n’y avait aucune mention signalant que cette pièce n’était pas originale. Juste un tarif et un vague nom d’artiste.

 

Des mois plus tard, je découvre un fournisseur sur internet qui propose des statues en résine de toutes les tailles et parmi elles la fameuse sculpture était disponible. Aujourd’hui, n’importe qui peut ouvrir un commerce d’art et une galerie d’art. Je trouve juste lamentable que, dans un quartier célèbre de Paris réputé pour ces galeries, certains en profitent pour entretenir la confusion et jouer sur les apparences afin de vendre des copies non signalées comme telles. Ce n’est pas comme si j’étais à Montmartre et qu’on essayait de me refourguer une lithographie de Dali ou de Picasso… 

 

Produits dérivés, objet de collection ou œuvre d ‘art ?

 

Il y a quelque chose de fascinant avec les produits dérivés, c’est quand ils arrivent à s’introduire sur les marchés d’art. Le film Star Wars n’a pas seulement marqué le monde du cinéma, il a aussi profondément changé la donne concernant les produits dérivés. Sous cette Licence, ce sont des milliers (millions ?) de jouets et d’objets différents qui sont apparus sur le marché pendant plusieurs décennies. Le rapport avec l’art ? Les maisons de vente qui se retrouvent à vendre des vaisseaux spatiaux en boite jamais déballés aussi chers que des œuvres classiques. Avec le temps, nous avons régulièrement vu des Licences comme celle de Tintin avoir son lot d’objets rares vendus sous le marteau, sans que cela n’étonne qui que ce soit.

 

Personne n’a sursauté en apprenant qu’un bateau gonflable de Goldorak est parti à 14 500 euros (hors frais) en salle de vente. Même si, à ce tarif, je pense que je me serais orienté vers une armure de samouraï, partie à 15 000 euros dans la même maison de vente, mais bon je m’égare là.  Pour les curieux le catalogue des ventes est disponible en cliquant ici.

 

N.B. : Attention, petite précision, si vous consultez ce catalogue des ventes vous allez regretter d’avoir jeté les GI Joe et autres jouets de votre enfance ou ceux de vos enfants. Je tiens à préciser que je ne pourrai être tenu responsable des crises cardiaques provoquées par les résultats de ces enchères. D’ailleurs, en cas de poursuites, ce billet sera effacé et je nierai toutes implications dans ces révélations.

 

Ces derniers jours, ce qui m’a vraiment stupéfait, c’est l’apparition d’une œuvre d’art tirée d’une bande dessinée de Franquin. Il n’est pas rare de voir des objets issus de la bande dessinée se transformer en objet physique. C’est d’ailleurs tout le principe du commerce dit « para BD » en Europe. Ici, c’est une sculpture de 2m10 qui s’est échappée des planches… Le prix de celle-ci est compris entre 4 999 euros et 8 691,47 euros selon le site qui la vend. Les 47 cents sont importants, sûrement une sorte d’éco taxe calculée en fonction du poids de la résine. Donc, on peut vendre ce qui s’apparente à une sculpture plusieurs milliers d’euros dupliquée en 75 exemplaires, tandis qu’un sculpteur vendra une œuvre d’art qui ne pourra être reproduite qu’à 8 exemplaires maximum.

 

Je ne sais pas exactement quel genre de collectionneur fera l’acquisition de ce type de produit (car oui il s’agit d’un produit) mais ce qui est certain c’est que cette réalisation donne à réfléchir sur l’impact de cette catégorie de pièces dans l’esprit du grand public. D’autant plus qu’elles sont disponibles chez : Amazon, La Fnac, Rue du commerce, (j’en oublie sûrement) et surtout distribuées par une enseigne qui porte la mention « Galerie » dans son appellation.

 

Franquin

Sculpture 

On essaie d’éduquer les consciences en expliquant la différence entre une œuvre d’art originale et un produit dérivé. Et ce genre d’objets (de collection ?) arrive sur le marché à 75 exemplaires dans une fourchette de prix inédit. Je suis à la fois impatient et curieux de voir si, à court terme, la cote de cet objet aura changé. L’atelier qui le produit bénéficie d’une certaine renommée dans le milieu.

  

Le bon conseil de l’expert économique du Souffle Créatif : Lecteur-investisseur, vous pouvez déjà acheter cette pièce 5000 euros et la revendre immédiatement à 8691. Le ratio de rentabilité d’une œuvre n’aura jamais été aussi rapide. 3691 euros de bénéfice en moins d’une semaine, qui dit mieux ? A voir si, en période de soldes avec votre carte Fnac vous n’allez pas récupérer 15 euros en bons d’achats par tranche de 100 euros. La plus-value n’en sera que plus grande… Eh oui, nous sommes bien dans une logique de grande consommation.

 

Où se placer dans ce grand échiquier ?

 

La grande question à se poser maintenant est de savoir si vous allez proposer vos produits dérivés ou si vous observerez impuissant la part croissante de leur présence sur le marché de la décoration. On peut facilement faire preuve de créativité en se regroupant, par exemple, pour partager les frais d’utilisation d’une imprimante 3D. On peut aussi imaginer des partenariats avec des écoles qui en possèderaient une, pour créer de nouveaux types de produits. L’idée d’un label et d’un référencent à la manière d’une digigraphie pourrait valoriser cette initiative. En l’absence de propositions et d’offres originales, une partie des clients pour qui l’argent n’est pas un problème va forcément s’auto alimenter avec des produits « transversaux ». Ces nouveaux consommables fleuriront sous les sapins et feront le bonheur de ceux qui n’ont pas le temps de faire le tour des ateliers pour y trouver le présent idéal.

 

 N’est-il pas envisageable que des artistes passent à l’offensive en proposant des créations d’un nouveau genre,

quand bien même le savoir faire serait industriel ?

 

Décliner son art sous d’autres formes ne sous-entend pas que vous allez vous disperser dans la création d’objets dont les retombées seront négatives. Il suffit de penser à un auteur comme Klimt pour s’apercevoir que vous pouvez obtenir aussi bien une batterie de vaisselle qu’une collection de vêtements décorés avec les oeuvres de l’artiste. Est-ce la seule solution pour obtenir des revenus complémentaires à l’aide de son art ? Sûrement pas, mais il sera plus simple de convaincre un acheteur à dépenser peu dans un premier temps afin qu’il gagne en confiance et l’amener à dépenser plus par la suite. C’est comme miser sur un effet boule de neige.

 

Vous commencez par vendre des petites quantités de produits accessibles pour séduire de plus en plus d’acheteurs. Une fois accoutumés avec l’esthétique de votre art, vous les orientez vers des originaux dans une autre gamme de prix. Dans le monde du commerce, on appelle cela une montée en gamme. Je sais que certains auteurs n’envisagent pas de devenir des artisans et qu’ils n’auront pas le temps de se consacrer à cette énième démarche. Néanmoins, je crois que les produits dérivés peuvent participer à notre communication, à l’image d’une campagne promotionnelle virale. 

 

Il y a quelques années, afin de constituer un budget pour un projet personnel, je n’ai pas hésité une seconde à effectuer cette démarche. L’image qui illustre l’article vous montre l’un des différents produits que j’ai mis en vente pour amortir le coût de mon matériel d’art. En scannant méticuleusement mes dessins (dans le cas présent deux feuilles au format raisin) j’ai surtout cherché à observer la qualité de définition et le rendu qu’il était possible d’obtenir sur de petits supports avec mes dessins. La surprise a été de taille lors de la découverte des résultats. Non seulement le rendu était aussi bon que sur le dessin original mais, en plus, les détails étaient tous présents et parfaitement visibles. Comble du détail, en joignant les deux tasses côte à côte je pouvais obtenir le panoramique qui m’avait servi de base pour réaliser ce produit. A la fin de mon opération, j’avais remboursé la production des objets et l’ensemble de mes frais. Dans un cas comme celui-ci, il est nécessaire d’avoir quelques connaissances infographiques pour déjà scanner et calibrer l’image par rapport au support. Mais rien ne vous empêche de tester ce genre de produits en sélectionnant le bon prestataire.

 

Je pense malgré tout qu’il ne faut absolument pas tomber dans des travers de développement de produits en masse. N’allez pas vous placer dans la démarche d’une boutique. Décliner vos visuels avec quelques produits peut facilement vous permettre, non pas de gagner énormément d’argent, mais de diversifier vos supports et vous amener aussi vers d’autres idées. C’est ainsi que je me suis retrouvé à m’essayer à la reproduction d’œuvres sur toile.

 

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Dans le cas de la reproduction classique d’un dessin papier sur une toile, j’avais effectué un test avec une toile dite 3D. La particularité de ces toiles est d’avoir des châssis très épais. Dans l’exemple ci présent, je voulais attirer votre attention sur un détail, à savoir la structure en bois qui est parfaitement similaire à un châssis classique de toile de peintre. Concernant la définition et la qualité de fabrication de l’ensemble, je n’ai qu’une seule chose à dire : parfaite.

 

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Il existe de nombreuses manières de dupliquer votre art mais j’aimerais vous sensibiliser à une technique plus qu’une autre : la digigraphieCette technologie vous permet d’obtenir des tirages de grande qualité avec des encres dont la durée de vie est estimée à plus de cent ans. L’intérêt de cette pratique ne se limite pas à la technique d’impression. Vous êtes surtout dans l’obligation de travailler sur une série limitée de tirages qui seront recensés dans une base de données accessible par tous sur le site d’Epson. Ainsi, lorsqu’un client vous achète un tirage, il obtient un certificat d’authenticité et la certitude qu’il n’y aura pas 1000 copies (dans ce format-là) de votre reproduction. Je trouve ce procédé d’autant plus intéressant que la technique de la digigraphie n’est pas inaccessible financièrement pour l’artiste et pour l’acheteur. Je ne peux que vous conseiller de choisir la taille la plus adéquate et un nombre de tirages restreint pour obtenir un retour intéressant sur tous les plans. L’autre point positif de la reproduction en digigraphie c’est que vous pourrez très bien faire trois copies d’une œuvre et les exposer dans trois endroits différents en indiquant que l’original est disponible à un autre tarif. Cela pourrait vous éviter de contracter une assurance pour placer un original trop coûteux dans un endroit où vous n’aurez aucun contrôle sur votre œuvre.

 

Où se situe la créativité dans la reproduction d’oeuvres d’art ? C’est justement l’un des challenges de l’art du 21 eme siècle. Trouver un équilibre entre copies et originaux afin que l’un ne vienne pas empiéter sur le marché de l’autre. Les photographes ont toujours connu cette pratique puisqu’ils ont toujours reproduit leurs images à partir d’un négatif. Les nouvelles technologies vous permettent d’embrasser un nombre incalculable de supports et, personnellement, j’admets avoir été conquis par beaucoup d’entre eux.

 

Les artistes devront dans l’avenir développer leur identité artistique sur différents types de produits. Ils n’auront pas l’embarras du choix s’ils veulent s’inscrire dans le temps et sur de nouveaux marchés. De nombreux auteurs, comme Enki Bilal, ont travaillé sur une nouvelle forme de tirage limité. Ils ont réalisé des copies en haute qualité sur papier pour ensuite intervenir dessus par le biais de rehauts de couleurs. Cette pratique démontre bien qu’actuellement la question de la déclinaison de son art sur d’autres supports est au cœur de ces nouveaux marchés. Les tirages pigmentaires d’Enki Bilal sont estimés entre 1200 et 1400 euros et l’un d’entre eux vient d’être adjugé à 3000 euros en salle de vente. L’artiste a ainsi modifié 32 reproductions, les rendant uniques par son acte. Ces chiffres ne sont pas à prendre pour références mais ils démontrent que ce procédé peut convaincre des acheteurs quand on est un auteur qui bénéficie déjà d’une cote et dont les originaux sont rares et fortement cotés. Il est fort à parier qu’à terme, il y aura un marché spéculatif autour de certaines images d’auteurs. Pourquoi ne pas chercher à en faire partie ?

 

Deux points à retenir :

 

N’oubliez jamais de préciser à vos acheteurs les caractéristiques techniques et les spécificités de la reproduction qu’ils achètent. Travaillez vos certificats d’authenticité car dans la reproduction tous les détails comptent, surtout ceux qui permettront à vos tirages de prendre de la valeur. Un auteur comme Moebius a réussi de son vivant à signer quelques digigraphies. Celles-ci sont encore disponibles sur la boutique officielle et leur prix varient de 90 à 320 euros pour les plus grandes. Le fait qu’elles ne soient qu’au nombre de 150 exemplaires démontre, ici aussi, la volonté de s’inscrire dans une limitation de production.

 

Vos produits dérivés doivent s’inscrire dans un processus de valorisation de votre art. Pour ne pas le déprécier en l’exploitant à outrance sur de trop multiples supports, cherchez avant tout ce que vous voulez diffuser comme message. Où vos produits seront-ils disponibles ? Dans une boutique physique, un salon, ou encore sur Internet ? Qu’est-ce qu’ils vont apporter à votre art ? Avez-vous déjà une idée du type de produits que vous voulez réaliser ? Avez-vous une adresse ou des contacts professionnels avec des prestataires qui réaliseront les produits ?

 

L’achat d’une œuvre d’art implique toujours un budget conséquent et une volonté de conserver longtemps son œuvre. Avec la copie accessible, on offre la possibilité à un public d’obtenir non pas une de nos œuvres mais plusieurs. A vous de réfléchir à votre public ainsi qu’à votre univers pour savoir si certains des points évoqués sont compatibles avec votre démarche artistique.

 

Si vous désirez aller plus loin et comprendre les nouveaux enjeux qui se jouent actuellement autour de la question de production d’œuvres par l’intermédiaire d’une imprimante 3D, voici quelques liens qui vous donneront un regard sur ce qui se fait, ce qui se fera et ce que vous pourriez envisager de faire :

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20131116.AFP2313/l-impression-3d-ou-la-promesse-d-une-revolution-comparable-a-celle-d-internet.html

 

http://creapills.com/idee/3d-printshow-comment-l-impression-3d-revolutionne-l-art-contemporain

 

http://www.ufunk.net/artistes/eric-van-straaten/

 

http://3dprintshow.com/paris2013/features/art/

 

Une vidéo présentant le processus d’impression 3D d’une œuvre d’art 

http://www.youtube.com/watch?v=2ZsqJvixA24

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14 commentaires sur “Artistes, osez les produits dérivés… avant que quelqu’un d’autre ne le fasse pour vous !

  • Annie

    Bonjour Antoine,

    j’ai toujours pensé que les artistes devaient s’envisager comme des entrepreneurs, que les entrepreneurs étaient des créateurs, à défaut d’être des artistes. Ton article me conforte dans cette idée.

    J’aimerai apporter mon grain de sel d’entrepreneure dans le « Problème de mathématique du professeur Tournesol ».
    Si Paul réalise 16.000 € de chiffre d’affaires avec ses 8 pièces, pendant qu’André atteint les 30.000 € avec ses 150 exemplaires, à première vue, même si André semble en meilleure posture, la réelle comparaison ne pourra se faire qu’une fois tous les coûts (matières premières, outillage, énergie, temps de création et de reproduction, …) seront déduits.
    Parce que,quoiqu’on en pense, un artiste devrait aussi être un gestionnaire 😉

    Merci

    • Antoine Auteur du billet

      Merci Annie de venir apporter ton point de vue. En effet, le professeur n’a pas mentionné les frais annexes, mais je confirme que la note ne sera pas plus salée pour André 😉 En fait je n’en ai pas parlé ici, mais il existe un terme qui va dans le sens de ton commentaire : Artrepreneur ou Artpreneur. Contraction d’artiste et d’entrepreneur il est couramment utilisé aux Etats-Unis pour justement définir ces artistes qui arrivent à parfaitement gérer les deux facette du métier.

  • Bernard MARICAU

    Tout à fait d’accord ! Cette année j’expose des « estampes numériques » limitées à trois exemplaires, tirées en Epreuve d’Artiste, rehaussées d’encres et d’aquarelle. Certifiées et signées. Et ça marche ! Amicalement, Bernard

  • bDom

    Effectivement… gérer ses « images » est important…

    Je me lance dans ce marché des œuvres à tirage limité cette année 2014
    J’ai commandé un site sous Prestashop qui devrait être en ligne mi-mars 2014

    En produit dérivé, j’ai ouvert ceci: http://www.zazzle.be/sourires, mais reste la diffusion.

    Donc, j’attaque « à l’ancienne », prendre des contacts, RDV, … bref être présent…

    bDom

    Si ça peut donner des idées, voici tous mes liens
    http://www.bdom.info
    http://www.flickr.com/photos/bdom/
    http://www.zazzle.be/sourires
    http://bdom.see.me
    https://bdom.see.me/yearinreview2013
    http://i-bdom.deviantart.com/
    http://theartplace.com/fr/DominiqueBRUYNEEL

  • Arts et Sculpture

    Bonjour Antoine,
    c’est exactement la démarche que j’ai effectuée: artiste de formation, je me suis reconvertie en artisan créateur-producteur et mets également mes compétences au service des autres artistes. Mais c’est une vision des choses encore un peu marginale et pas toujours bien perçue…
    Tant mieux pour ceux qui vivent de leur art en pièce unique mais ce n’est sans doute pas la majorité des créateurs. Et puis, ne laissons pas le marché des petites et moyenne séries aux produits d’importation: les tirages industriels font déjà assez de dégâts dans la mentalité (et l’éducation esthétique) du grand public!

  • samuel boulesteix

    bonjour,

    merci pour votre site que je découvre tout juste.
    je viens de lire cet article et la réflexion que vous avez
    sur le multiple comme façon d’accéder à certains marchés.
    je vous invite à venir visiter mon site car cela fait 22 ans que j’ai
    exactement cette approches des choses.

    tout pourrait se résumer à cet aphorisme qu’une artiste avisé m’a dit un jour:
    « on ne vit pas de son art, mais du produit de son art »

    notez qu’il ne faut pas entendre par là « sous-produit » mais bien « produit »

    partant de là, reste à trouver le juste équilibre entre:
    la qualité/ le nombre / le prix/ le prestige / l’accessibilité
    ne pas galvauder tout en restant abordable.
    être POP d’une certaine façon, mais avec une conscience aiguë
    des segments de marché et des fourchettes de prix indépassables selon les collectionneurs:
    50 – 100 euros / 150 – 300 euros / 350 – 700 euros etc…

    j’aurais beaucoup à dire sur le sujet car c’est mon quotidien
    (c’est mon unique source de revenu depuis 22 ans)

    au plaisir d’en reparler avec vous si le cœur vous en dit
    et merci encore pour cette généreuse initiative d’enchantement
    qu’est votre site

    cordialement
    samuel

    • Antoine Titus Auteur du billet

      Merci d’avoir pris le temps de lire et d’apporter votre retour sur cet article. Je connaissais déjà votre travail depuis longtemps et c’est pour cela que j’ai commencé à vous suivre sur les réseaux sociaux. Il y a en effet beaucoup à dire encore sur le sujet et je n’hésiterai pas à y revenir en temps voulu. A ce moment là, je vous contacterai volontiers pour diffuser votre expérience sur cette thématique. Si vous venez à exposer sur Paris dans les mois à venir, n’hésitez pas à me le faire savoir. Cela pourrait être aussi l’occasion de se rencontrer et de parler à nouveau d’art et de votre démarche artistique.

    • Antoine Titus Auteur du billet

      Bonjour, depuis l’écriture de cet article de nombreux prestataires se sont lancés dans le secteur de l’impression. Le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de regarder près de chez vous. Parfois des studios photo proposent des impressions de très haute qualité avec des supports de différents grammages. Si vous êtes francilien, le salon de la photo est, par exemple, l’endroit parfait pour trouver des prestataires et voir des exemples d’impressions.

        • Antoine Titus Auteur du billet

          Je ne peux pas vous indiquer le nom du fournisseur, dans la mesure où il ne produit plus des tirages de cette qualité. Il serait dommage de faire la promotion de prestataires qui ne sont pas capables de gérer des fichiers professionnels.

          • Maio Jean-Pierre

            Bonjour
            J’ai suivi vos commentaires, et il me semble important de ne pas confier vos œuvres à quiconque.
            Nous sommes un laboratoire certifié Epson France Digigraphie et Canson Print Lab, malgré une double certification gage d’un professionnalisme reconnu, nous avons une concurrence déloyale qui dénonce nos travaux sous une appellation commerciale et sans intérêt.
            Je voulais simplement signaler à certains labo, même professionnel qui n’applique absolument pas une charte de qualité, pire il ignore totalement la charte de qualité d’une reproduction de l’image, de la culture technique, d’une imprimante spécifique, de la gestion des couleurs, indispensable ainsi que la conservation des encres de vos tirages, selon vos supports. Bon nombres utilisent des pseudo certificats maison, qui est un non sens. Malgré leur beau site épuré et design, ils affichent sans scrupule des tirages de grandes qualités faussement conservatrice.
            Sachez qu’il existe trois types de procédés d’impressions sur la place du marché. Les tirages publicitaires sur une imprimante en encre solvant, des tirages de décoration rendu correct mais aucune garantie de conservation et les tirages d’art sur le principe cité plus haut, lorsque tout ces critères seront rempli alors vous obtiendrez un véritable tirage d’art avec une certification et une estampille ou tampon sur vos œuvres.
            Soyez vigilant
            Cordialement