Christophe Charbonnel exposition Paris 2017 11


Christophe Charbonnel est un artiste dont j’ai déjà présenté le travail ici. En 2015 déjà, je vous avais amené au sein de la Galerie Bayart pour y découvrir trois auteurs et notamment des œuvres de ce sculpteur hors norme. Vous pouvez consulter cet ancien article en cliquant ici. Ceci étant dit, nous voilà donc en présence d’une exposition personnelle, qui prend ses marques au sein de la mairie du 6e arrondissement de Paris. Accessible gratuitement pendant toute la durée de l’événement, les parisiens ont l’opportunité de se confronter à des œuvres d’art de différentes tailles.

 
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Bien avant de pénétrer au sein de la mairie, c’est un imposant colosse qui annonce déjà la tonalité du travail à découvrir. Une fois passée la porte d’entrée, une autre sculpture plus humaine dans ses proportions se dresse dans le hall. Malgré une nudité sans détours, on reste surtout fasciné par cette expression qui émane du visage de l’œuvre.  L’aspect brut du traitement de surface, cher à l’auteur, s’accompagne d’une patine qui accentue les imperfections choisies et maitrisées de la pièce. La pose, quant à elle, est connue des passionnés de sculpture. En effet, depuis des siècles maintenant, un homme nu avec les bras le long du corps, les poings serrés et qui avance légèrement sa jambe gauche est connu sous un nom : Kouros, qui signifie jeune homme en grec ancien. Si les premiers « kouroï » (pluriel de Kouros) n’étaient pas aussi anatomiquement précis, leur raffinement et leur symbolique ont naturellement évolué, pour devenir de puissants référents pour les sculpteurs de toutes les époques.

Ainsi, on comprend que l’artiste aime s’approprier des références antiques pour les amener dans un univers contemporain. Car si les sculptures antiques avaient des postures et des caractéristiques équivalentes, aucune n’avait cette identité esthétique aussi marquée. La Renaissance a lissé les peaux et introduit une idée de la beauté où la perfection est reine. Avec Charbonnel, l’émotion guide des mains dans un travail plus en adéquation avec « le non finito ». En laissant volontairement des traces de modelage et en se focalisant sur la création d’une sculpture plus vivante, il s’inscrit dans une tradition ancestrale que d’autres grands sculpteurs ont adopté avant lui. Pourtant, il évite cet écueil qui viendrait à singer les plus grands, pour tomber dans la citation sans saveurs. En marquant des anatomies, il met en lumière une agilité dans le placement des muscles. Il insiste sur une forme de jaillissement d’une idée qui s’achève dans une démarche où le classicisme s’efface devant une mise en volume contemporaine.

 
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En arrivant dans la salle d’exposition de la mairie, on prend une pleine bouffée de sculptures. J’ai immédiatement reconnu des pièces déjà vues auparavant en galerie. D’autres sculptures inédites pour moi m’ont tellement interpellé sur différents plans qu’un examen approfondit fut nécessaire pour en comprendre les subtilités.

 

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Vous l’aurez compris, les références du sculpteur s’inscrivent plus dans une tradition de la sculpture du geste que dans celle de la parole. Il n’y aura pas de conférenciers sur place pour vous parler d’énergie transcendantale qui traverse la matière. La matière, elle, s’est accumulée pour représenter des dieux, des guerriers et parfois même des personnages de Bandes dessinées. En travaillant la terre, l’artiste s’est appliqué à créer des pièces qui ressemblent à des essais pour des monuments, tant elles s’inscrivent dans un appel au gigantisme.

 
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Dans l’œuvre de Charbonnel, les postures et les regards constituent à eux seuls des points de repères essentiels. L’importance de la masse corporelle du personnage, qui ne tient que sur une base allégée pour ne pas dire altérée, élance toujours une pose déjà très marquée.

 
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L’une des œuvres que l’on aperçoit le plus souvent en exposition, ou sur internet à différentes échelles, est toujours aussi impressionnante à voir en vrai. L’inclinaison du bouclier et la posture de ce guerrier nous donnent cette impression de possible mobilité du sujet. Il y a souvent cette impression qui se dégage de certaines pièces. On se sent comme en présence d’un personnage figé dans le temps, alors qu’il allait se mettre en mouvement. Ce sentiment de voir un être humain mis sur pause est d’autant plus bluffant quand la sculpture est à la hauteur du regard. Jouant habilement de la terre pour créer un regard poignant, les spectateurs se retrouvent souvent hypnotisés.

 
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A la première lecture de cette sculpture, on pourrait passer à coté d’un détail important. Il est d’ailleurs mentionné dans le titre. Si vous avez remarqué de quoi je parle juste en regardant l’image, sachez que pour ma part je ne l’ai pas immédiatement vu. Le dragon présent sur le casque est en fait le sujet d’une pièce qui sert de support à cet accessoire rehaussé par ce bas-relief.

 
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D’autres ensembles de sculptures, de tailles plus conventionnelles, étaient répartis sur un coté de la pièce. Le visage de cet homme en captivité était si impressionnant que je n’ai pas résisté à l’envie de le prendre en photo. Observez comment la chevelure en bataille ajoute du mouvement à cette attitude. Comment ne pas être sensible à ce travail qui, à n’importe quelle échelle, arrive à transmettre autant d’informations.

 
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L’une de mes sculptures préférées représentait cette improbable conversation entre deux créatures mythologiques. Il est important ici plus qu’ailleurs de la regarder sous différents points de vue. Vous pouvez tourner autour et remarquer que la situation est parfaitement lisible. Les deux figures sont si bien agencées qu’elles s’emboitent parfaitement et offrent ainsi une scène de toute beauté. La touche du sculpteur se fait ici plus discrète et moins profonde pour ne pas perturber le regard. L’artiste nous raconte une autre histoire que celle qui met en scène des guerriers. Les corps apparaissent donc moins « scarifiés » et par conséquent moins dans une dimension guerrière. Le bras levé du centaure et l’attitude fermée du faune, indiquent clairement une discussion qui nécessitait une touche plus apaisée.

Enfin, je crois que ce que j’apprécie le plus dans cette œuvre, c’est très certainement le jeu des pattes des créatures. Si vous les regardez attentivement, vous verrez qu’elles fonctionnent en résonances et on peut facilement voir les lignes de direction de ces jambes. Observez le membre avant droit du centaure qui s’accorde avec celui du faune. Et de face, c’est une patte arrière gauche du centaure qui complète ce rythme. Elles donnent à la fois du mouvement, de la légèreté et un léger déséquilibre qui démontrent un subtil mouvement, exactement comme la gestuelle que l’on a lors d’une discussion.

 
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Je pourrais analyser toutes les sculptures et vous donner mon sentiment sur l’intérêt de chacune d’entre elles. Cependant, je crois qu’en faisant l’effort de s’intéresser à la composition autant qu’aux détails, vous serez à même de percevoir toutes ces nuances qui me plaisent et que je prends le temps d’apprécier dans l’œuvre de Charbonnel. Ce groupe de soldats, par exemple, est une autre vision de ce que j’ai pu évoquer auparavant. Des lignes directrices fortes, des textures prononcées à des endroits, de moindre portée à d’autres. Le mouvement qui se constitue de multiples trajectoires se remarque autant de face que de haut. Et c’est dans cette effervescence de multiples éléments que nait une œuvre intemporelle.

 

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Les portraits constituent une grande partie des œuvres d’art du sculpteur. Il n’est pas rare de les voir en confrontation avec ses dessins. Vous l’aviez peut-être oublié mais Charbonnel n’est pas un simple modeleur. Il est avant tout un artiste complet dont les dessins (visibles dans sa monographie) sont aussi remarquables.

 
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Sur la mezzanine, vous serez accueilli par un visage monumental. Et comme tout le monde, vous ne résisterez pas à la tentation de vous y mettre à coté pour juger de sa taille et de son emprise dans l’espace.

 
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Dans une composition comme celle-ci, le cheval et son cavalier sont positionnés comme sur un monument. Les pattes apparaissent comme démesurées avec la position du cheval qui est cabré à son paroxysme. Pour bien analyser cette sculpture, il est nécessaire de se déplacer et de trouver le bon angle. Celui qui donnera toute son intensité au personnage et qui permettra à l’animal de devenir un élément de mise en valeur d’une scène épique.

 

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Un zoom sur l’image vous montre comment l’expression du cheval rentre en opposition avec celle de son cavalier. Avec son air presque impassible, il semble garder le contrôle de la situation. Et ce malgré l’improbabilité de pouvoir garder son calme dans pareille situation. On pourrait interpréter cette mise en scène comme la mise en lumière d’un guerrier que rien ne pourrait décontenancer. La lance qu’il pose comme un appui, prêt à relancer sa monture nous amènerait presque dans une scène cinématographique. A l’image de celle que l’on a pu découvrir au sein de films, comme « 300 » de Zack Snyder.

 
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En découvrant cette sculpture de femme captive, il m’était impensable de ne pas y voir une réinterprétation d’une sculpture de Carpeaux : « Pourquoi naître esclave » . Vous pouvez cliquer-ici pour voir l’œuvre à laquelle je fais référence. Dans cette sculpture, on s’étonnera d’y voir moins de marques en profondeur que sur les autres pièces. L’aspect lisse du visage nous donnerait presque à voir une figure religieuse telle qu’une madone de la Renaissance. La position du sein droit s’inscrit dans une ligne de force qui remonte jusqu’à l’inclinaison du visage.

 

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Sous un autre angle, c’est la position de l’épaule droite qui accentue des courbes qui parcourent l’ensemble du corps. En marquant les sangles qui entourent le buste, on ressent toute la tension de cette captivité. Le visage est à la limite en sous expressivité vis-à-vis de la pression des bandes qui marquent ce corps. Peut-être doit-on y lire que malgré la douleur, cette femme est déjà résignée à accepter sa condition d’esclave. Quoiqu’il en soit, cette œuvre est certainement l’une des plus belles surprises pour moi. Elle confirme dans le même temps un talent exceptionnel.

 
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En sortant de cette exposition, j’en suis venu à définir une petite liste de points récurrents dans les sculptures de Christophe Charbonnel.

_  La posture doit à la fois indiquer une stabilité de l’œuvre et une possible mobilité dans sa gestuelle.

_ Du modelé doit émerger une texture vivante qui, à elle seule, doit révéler une forme de respiration à la pièce

_ Peu importe la taille de la sculpture, elle doit s’envisager aussi bien en petit format qu’à une échelle monumentale.

_ Les accessoires font corps avec la figure, qu’elle soit animale ou humaine. Les casques en sont un bon exemple puisqu’ils donnent cette impression de se fondre dans la chair des personnages. Et les chevaux n’échappent pas non plus à cette règle avec les selles qui disparaissent dans la peau.

_ Plus une forme est imposante et plus elle doit comporter d’informations visuelles. Sur les grands visages, vous ne trouverez aucune surface plane et lisse. Tout est fait pour obtenir un maximum de reliefs, quitte à surligner un mouvement musculaire.

_ Peu importe la taille d’une pièce, elle ne doit pas conditionner la taille de son support. On remarquera sans peine comment d’imposantes têtes viennent se positionner sur un unique axe fixé à une plaque.

En s’inscrivant dans une démarche artistique ou le « non finito » est couramment utilisé, Christophe Charbonnel démontre que la tradition n’est pas incompatible avec une vision contemporaine de la sculpture. Malgré son désir de représenter des figures mythologiques et des physiques à la musculature antique, on notera que d’un sujet à l’autre il est capable d’inventivité et d’originalité.

L’avantage avec des artistes comme Christophe Charbonnel c’est qu’il n’est pas nécessaire de s’étendre des heures sur l’intérêt de le suivre. Les raisons sont aussi évidentes que son talent. Il est capable de communiquer une énergie à ses sculptures qui nous transmet l’envie d’en voir toujours plus. S’arrêter sur des pièces et des dessins est déjà en soi une bonne chose, mais si vous avez l’occasion de le voir en exposition, n’hésitez pas une seconde. N’hésitez pas à vous rendre sur son site qui est à jour sur les multiples expositions qu’il donne sur tout le territoire. En ce moment par exemple, il expose certaines de ses sculptures à Biarritz. Une occasion à ne pas rater d’après moi. Dans le pire des cas, ne vous inquiétez pas, il y a des chances pour que de nouvelles images soient diffusées ici ou sur mes différentes pages Facebook et Instagram.

 

Du 28 juin au 15 juillet
Mairie du 6e > Salon du Vieux Colombier > Entrée libre
Du lundi au vendredi 10h30 > 17h, jeudi jusqu’à 19h, samedi 10h > 12h

 
 


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11 commentaires sur “Christophe Charbonnel exposition Paris 2017

  • Didier Meyer

    J ai eu Christophe comme professeur , je n oublierai jamais sa gentillesse , sa disponibilité outre son immense talent , je regrette qu’ il ne donne plus de cours. J adore ses oeuvres , sa signature me fascine .

  • Marie Neige Berrouet Moliner

    C’est avec un immense plaisir que je découvre toutes les oeuvres de Christophe, l’étonnante évolution de son talent et de sa créativité. Je garde en mémoire la joie d’avoir pu faire un stage dans son atelier, immense privilège d’avoir profité de son talent et de sa gentillesse. Merci Godeleine de nous tenir informés de son actualité.

  • Annette Jannot

    J’ai la chance d’habiter tout près de chez lui et donc de visiter son atelier . Et là, ses œuvres prennent encore d’autres dimensions … Hypnotisant ! comme le dit si justement Le Souffle Créatif (belles descriptions )

  • Pascal Vatasso

    Reçu dans son atelier d’une façon adorable, alors qu’il travaillait sur la tête de Thésée, il y a déjà 6 ans…son « Prométhée » m’inspire tous les jours ( merci à Caroline en passant ) !…un magnifique artiste ( inspiring ) !… ❤️

  • Yves Bonis

    Merci Antoine pour ce superbe article.

    L’équilibre est parfait entre photos et analyse pour mettre en valeur le travail de ce sculpteur aux réalisations étonnantes.

    Quel plaisir de découvrir un tel travail. Je suis fasciné par les postures, les regards, le rendu de matière… C’est magique de vie et chaque attitude raconte un sens de l’observation aiguë. On perçoit vraiment la précision dans les mouvements où chaque inclinaison permet de passer d’une sculpture à une attitude, une scène de vie, un instant tellement réel.

    Je te rejoins, le dialogue du centaure et du faune est fantastique.

    Merci de nouveau pour cet excellent moment.

    • Antoine Titus Auteur du billet

      Merci Yves d’avoir pris le temps de me lire et d’avoir apporté ton regard sur ces œuvres. Je ne suis pas surpris que tu sois touché par la beauté de ces pièces. Comme je le dis souvent, ce sont des sculptures qui ne te laissent pas le choix. 😉

  • Le Souffle Créatif

    Merci pour vos témoignages, je ne savais pas que Christophe Charbonnel avait été professeur. C’est une chance qui me fait bien regretter de ne pas avoir eu la possibilité d’avoir suivi ses cours. Je constate aussi que vous êtes nombreux à avoir pu le voir en atelier et en situation. Et qu’au-delà des sculptures, vous décrivez un sculpteur chaleureux et accueillant. Ce sont des qualités rates qu’il est important d’évoquer. Merci à tous pour les partages et interactions sur cet article.

  • Berrouet Marie-Neige

    De passage à Biarritz venant de Toulouse, j’ai essayé de voir l’exposition de Christophe Charbonnel, mais elle n’est réservée qu’aux clients de l’hôtel du Grand Palais. Grande déception de ne pouvoir approcher ces œuvres que j’admire profondément. Je lis avec grand intérêt les articles concernant les résultats exceptionnels de son travail.