Salon d’Automne Paris 2015 1


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Jean Giraud alias Moebius

 

Le salon d’Automne de Paris s’est tenu pendant le mois d’octobre, comme à l’accoutumé sur les Champs Élysées à proximité du Grand Palais. Cette année, comme on peut le voir sur l’affiche, l’artiste à l’honneur était Moebius. Dès l’entrée des lieux, il était possible de voir des œuvres de cet artiste hors norme qui jouit d’une visibilité croissante même après sa mort. Je ne suis pas certain qu’il soit nécessaire de rappeler la carrière ou les œuvres de ce génie de la BD et de l’illustration. Pour avoir à l’époque apprécié son travail et aperçu l’homme lors d’une rétrospective (exposition « transe forme ») à la fondation Cartier, je ne peux que vous inviter, si vous n’avez jamais entendu parler de lui, à vous procurer quelques unes de ses œuvres pour comprendre le terme « éclectisme ». Car Moebius est surement l’un des seuls auteurs français à avoir autant participé à différents projets (du cinéma à la BD) avec un talent qui lui a permis de traverser toutes les frontières du monde. Des Etats-Unis au Japon, tous les passionnés d’art connaissent les travaux de cet auteur qui n’en finira jamais d’inspirer des vocations.

 

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Ousmane Sow

 

D’autres artistes non moins mythiques étaient mis à l’honneur comme le sculpteur Ousmane Sow dont l’une des pièces était aussi présente dans le hall d’entrée du salon. Pour ceux qui l’auraient oublié, Ousmane Sow a intégré l’académie des beaux arts en 2013. Si pour beaucoup cela représente un symbole puisqu’il est le premier artiste noir à faire partie de ce cercle fermé, il reste avant tout l’un des sculpteurs contemporains le plus connu et cela depuis son passage inoubliable (3 millions de visiteurs !) sur le pont des arts en 1999. D’ici peu, il ouvrira son propre musée et je reste persuadé que nous entendrons parler de lui un peu plus souvent à ce moment-là.

 

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Une année riche en sculptures

 

En ce qui concerne les artistes, cette année j’ai eu la sensation d’y percevoir un peu plus de sculpteurs. Je ne sais pas si c’est mon regard qui a évolué à cause de mes récentes activités ou la présence de nombreuses sculptures qui m’aurait incité à le croire. En tout cas, comme vous pouvez le voir sur l’image qui suit, les œuvres d’art étaient partout où vous tourniez la tête.

 
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Cette année, de nombreux médiateurs étaient présents tout au long du parcours pour vous aider dans la compréhension des œuvres. Une initiative intéressante qui ne peut être que favorable autant pour les exposants que pour les visiteurs. J’ai pris soin de vous sélectionner une vingtaine d’œuvres sur plus de 1000…  forcément, avec une telle cure d’amaigrissement, ce billet vous offrira une vision subjective du salon. Cependant, vous connaissez le principe : mon regard, ma sélection. Et si la femme est toujours omniprésente dans ce type de salon, cette fois-ci, sa représentation bénéficie d’une variété de situations et de statuts qui est assez étonnante : la femme muse, la femme nue, la femme pécheresse, la femme forte… Il y en avait pour tous les goûts. A vous maintenant de voir dans quelle situation elle vous marquera le plus.

 

L’image en relief

 

J’avais déjà remarqué cette tendance croissante chez certains photographes qui cherchent à libérer l’image de son support. Que ce soit par l’intermédiaire du numérique ou par l’intermédiaire du médium, il est intéressant de noter que la démarche se multiplie pour des résultats qui ne sont pas toujours équivalents. Dans un montage comme celui-ci, l’imposant coffrage comprend une installation lumineuse (que l’on aurait souhaitée autonome) ainsi qu’un jeu de découpes et de placements d’images sur différentes profondeurs. Si j’admets clairement ne pas avoir été convaincu par ce coffrage, l’effet quant à lui fonctionne bien. En position frontale, l’effet recherché fonctionne et le sujet s’y prête agréablement bien. Maintenant, est-ce que j’aurais été plus enthousiaste avec une mise en scène plus soignée et une série complète proposant une variété d’images ? Surement. En attendant, espérons voir de plus en plus de systèmes de ce type qui offriraient un rapport à l’image différent que celui que nous connaissons déjà. Le site de l’auteur vous propose de découvrir comment il réalise ses images, cliquez-ici pour le voir.

 

Cazalé ChristopheLa Tour St-Jacques

 

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Roger RochelleLes Amoureux du Métro

 

Dans une autre section du salon, j’ai pu découvrir cette composition qui reprend le même système que celui précédemment exposé, avec pour nuance d’être composé à partir de dessins. Vous constaterez aisément que le cadre est ici beaucoup mieux intégré, avec en plus la reprise du motif du carreau parisien dans le cadre. L’intégration du logo dans la partie supérieure est le petit plus qui démontre l’envie de soigner la présentation, et qui permet en même temps d’échapper de peu au kitsch.

Ce panorama est une scène de vie qui ne met personne de coté, de la bonne petite famille à l’homme d’apparence démunie sur son banc. Nous sommes en face d’une situation qui pourrait être tirée d’une photo, et qui prend du relief justement grâce à cette succession de plans judicieusement découpés. L’accentuation de l’effet de volume se remarque grâce à la découpe qui suit aussi bien les personnages que l’architecture de la voûte. Cette manière de vouloir développer en volume une image prend de plus en plus de place dans les différents salons que je fais. Les matériaux, la technique et les sujets sont variés mais le désir est toujours le même. Les artistes cherchent toujours à démontrer leur désir de s’émanciper d’un support totalement plat.

Amener à montrer les choses différemment par l’intermédiaire de découpes et de scénettes n’est pas la chose la plus simple à faire en art. Dans la mesure où votre travail pourrait par maladresse avoir les mêmes qualités esthétiques qu’un mauvais produit dérivé. Qui n’a jamais vu de diorama avec la Tour Eiffel dans une échoppe à touristes ? L’auteur ici soigne méticuleusement ses productions et y amène un degré de qualité de réalisation que seul son site pourra vous transmettre. Enfin, le nom « Abysses » est surement une référence à la station de métro Abbesses qui, pour ceux qui ne la connaissent pas, a en effet un escalier abyssal pour accéder à son quai situé à 36m sous terre. C’est en fait la station la plus profonde de Paris. N’hésitez pas à consulter son site en cliquant ici pour découvrir ses compostions holographiques.

 

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Peintures & Matières

 

Une peinture bleue (vous savez bien que j’en trouve toujours une) qui mêle avec habileté un jeu de lumière et un jeu de matières. Les marques profondes et irrégulières de cette toile lui donnent des aspects et des reflets différents en fonction de votre position. Je vous offre une vue rapprochée pour que vous puissiez apprécier ce travail qui va aller chercher des détails dans des recoins que seul un travail précis de la matière peut amener. On n’est plus vraiment dans la peinture mais dans une œuvre qui va puiser dans le bas relief pour concentrer le regard au centre de la toile. La couleur, elle aussi, vient jouer son rôle de meneuse et vous donne à voir une lumière centrale qui parcourt toutes ses aspérités dont les mouvements se confrontent de manière aléatoire.

 

Mylène MaiÉcaille n°2

 

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Dominique GaisL’homme de bois l’homme de pierre

 

Dominique est une artiste qui s’évertue à composer ses peintures avec une qualité picturale qui n’a d’égale que son attachement à représenter des textures complexes. Dans cette série, ses tableaux s’organisent autour d’un concept où une image est préalablement apposée sur sa toile. Par la suite, elle entreprend un travail de peinture qui lui permet de faire disparaitre la différence entre l’image et la surface peinte. En fonction de ses œuvres et avec du recul, on a cette sensation d’observer des paysages et l’instant d’après on y voit tout autre chose. Le regard vient à nous jouer des tours et cherche des formes familières pour se raccrocher à un sujet plus concret, plus tangible. Une démarche artistique atypique et une vision à long terme de la peinture pour cette artiste qui s’engage avant tout sur la voie de l’expression avant de penser à la voie commerciale. En clair, une artiste rare et passionnée dont vous pouvez suivre le travail en cliquant ici.

 

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Nathalie DoréCe Jour Là

 

Un paysage simple et pourtant cette accalmie dissimule une tempête de gestes qui donne ce rendu et cet aspect de surface si personnels. En se rapprochant de cette toile, on peut y voir tous les coups de pinceaux, tous ces passages qui, couche après couche, ont donné une image épurée et pourtant si riche. Il y a une atmosphère, une impression, une image qui se détachent si fortement de cette toile que je l’avais déjà remarqué dans un précédent salon. Je savais qu’en la voyant à nouveau j’y plongerais un regard qui se perd dans un paysage qui n’appelle rien d’autre que la contemplation.

 

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Frédérique Assael Fatale 2

 

Dans cette toile, le travail des contrastes se remarque avec des effets de matières mis en forme avec une technique qui n’est pas sans rappeler « le dripping ». Une technique qui consiste à projeter la peinture et à la laisser couler le long de son pinceau. Cette toile propose ainsi une variation intéressante du traitement plastique du corps humain. La peau qui n’apparait qu’à quelques endroits grâce à des touches plus ou moins prononcées de couleurs accentue autant la position que la forme globale de cette femme qui émerge ainsi du tableau.

La position quasi fœtale qui s’étend dans l’intégralité de la toile est intéressante car le format semble contraindre cette femme dans sa position. La situation prend une autre tournure quand on se dit que cette position de protection est en opposition avec la technique de peinture qui nécessite un travail d’altération et de dégradation de la peinture. Cette femme se protège-t-elle des coups de pinceaux ou prend-elle naissance grâce à eux ? Seule certitude c’est que, sans eux, elle n’aurait aucune empreinte sur une toile déjà fortement marquée par un jeu de reliefs très maitrisé.

 

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Une figuration captivante

 

Voici mon coup de cœur en peinture. Une image intrigante, chargée de symboles dans une composition extrêmement narrative. En tombant dessus, j’y ai vu autant de symboles évidents comme la mort, que des allégories plus complexes comme ce personnage qui prend dans ses bras ce qui s’apparente à une momie. J’y ai vu l’affection que l’on peut éprouver envers une personne disparue, là où d’autres y verront aussi l’attachement au souvenir d’une personne défunte. Les nombreuses figures féminines disposées de part et d’autres du tableau peuvent elles-mêmes représenter une seule et même personne à différents stades de sa vie.

En plaçant ainsi ses personnages sur différents plans à différents âges, on pourrait y voir une forme de frise périodique de moments figés. Le traitement de la peinture sur la femme qui est à gauche tend à croire en cette théorie, y compris pour cette petite fille plus au fond de la scène qui s’efface par le biais de la couleur. Le personnage en rouge qui semble fuir avec le reste du tableau sur la partie droite ajoute du contraste et du mouvement dans un tableau qui échappe au statisme par la même occasion. En parcourant le site de l’artiste, on peut y voir l’un des personnages de ce tableau complétement isolé sur une toile. En reprenant ce personnage et en l’intégrant dans une plus grande composition, j’y vois un véritable désir de compter une histoire dont seul l’auteur connait les tenants et les aboutissants. Pour ma part, j’y lis une mise en scène qui traduirait une situation de déroulement du film de notre vie : le train de notre dernier voyage.

 

Mireille LandellePassage

 

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Jean Paul Letellier Jésus et la femme adultère

 

Dans un tout autre genre de composition, ce tableau est un bel exemple d’humour, de réinterprétation et de réalisation aux « accents » pop. Cette scène est probablement une relecture d’une scène couramment peinte dont le titre exact est : le christ et la femme adultère.  Le mélange des genres, du personnage au traitement cartoon (Popeye) aux autres protagonistes aux références plus contemporaines, produit une confrontation complètement anachronique. On comprend bien la volonté de l’artiste qui nous pousse à nous détacher des figures représentées pour rechercher leur sens dans le symbolisme plus que dans la représentation. Cette thématique de peinture a été abordée aussi bien par Poussin, Rembrandt, ou encore Bruegel. Dans cette version, l’artiste nous offre un cadrage plus serré (comme celui du peintre Pietro Della Vecchia) et un point de vue résolument plus contemporain sur cette fameuse phrase que nous connaissons tous : « Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle ». D’ailleurs, regardez bien ce personnage avec son tee-shirt de Superman, voyez-vous ce qu’il tient dans sa main droite ? Si vous avez la curiosité de voir la version plus classique qui, à mon avis, a inspiré celle-ci vous pouvez la voir en cliquant ici. Pour ce qui est du travail de l’auteur, il vous suffit de cliquer là.

 

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Jean Montels – Ghislaine

 

Cette peinture, bien que sciemment chargée en références (avec la Grande Odalisque d’Ingres en bas à gauche, par exemple) est assez narrative pour imaginer comment cette femme s’est retrouvée au milieu de cette pièce. On pourrait se plaire à croire que la femme d’un artiste est entrée dans son atelier pendant qu’il peignait ses reproductions. Et comme il arrive souvent dans la vie d’un artiste, une lumière, un regard l’ont poussé à dire à sa compagne de toujours : « Assieds toi ici, juste là ». Et sur ces mots, il comprend alors que sa plus belle muse était là, depuis tout ce temps à ses cotés et qu’il est temps qu’il tourne le dos à toutes ces œuvres qu’il reproduisait sans discontinuer. Cette histoire totalement fictive m’est apparue spontanément en regardant cette toile. N’est-ce pas là justement ce qu’on attend de la peinture d’aujourd’hui. Quelle soit assez mature pour nous insuffler des histoires que nous pourrions écrire ou imaginer rien qu’en la regardant.

 

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Bruno Schmeltz Nue dans l’atelier

 

Bruno Schmeltz est un peintre que j’avais déjà remarqué dans la précédente édition du salon. Vous pouvez lire cet ancien billet en cliquant ici. Il revient cette année avec ce tableau qui s’inscrit bien dans sa série sur les peintures d’ateliers. Cette femme allongée à même le sol dans l’atelier semble plus être en position de détente qu’en situation de pose pour un tableau. Sa main sur le magazine, la position de sa jambe et cette attitude décontractée nous invitent à découvrir une situation d’entre deux. Ce moment de relâchement où une discussion peut naitre entre l’artiste et son modèle. Le sol ne disposant d’aucun confort induit lui aussi que le modèle est en dehors de sa zone de travail.

Les modèles sont rarement dans cette position quand elles travaillent et, quand elles arrêtent de poser, elle se recouvrent pour ne pas se laisser surprendre par le froid. Cette scène est-elle une vision fantasmée du rapport entre l’artiste et son modèle ? Ou bien cette femme est-elle un modèle de circonstance, qui autorise à celle ou celui qui la regarde de figer ce moment anecdotique qu’elle lui accorde. L’arrière-plan, trahissant un atelier parisien, nous montre aussi l’une des jambes de celle que l’on appelle aussi la grande dame. L’auteur a même fait en sorte de trouver un rappel de ligne directrice entre la base de la tour Eiffel et la jambe pliée du modèle. Un tableau qui s’applique à exposer une tranche de vie qui n’est pas la plus connue du public, qui, en général, découvre une œuvre à la pose figée et sublimée au contraire de celle-ci.

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Nicolas CurmerLe Bain

 

Représenter un moment d’intimité avec autant de justesse est assez rare. On ressent visuellement ce moment où l’abandon est total, en l’absence de regard porté sur soi. Cette image est comme un instantané du moment où l’on ne pense à rien d’autre qu’à son bien-être intérieur. Où le plaisir personnel prend le pas sur tout le reste dans un endroit où justement on se sent le plus en sécurité. Le bain chaud est réconfortant et apporte plus de bien-être que n’importe quel discours. La position du pommeau pourrait sous-entendre bien plus que le tableau ne cherche à représenter, mais l’absence de mouvement de l’eau à ce niveau nous évite d’avoir l’esprit mal tourné. Pour voir d’autres œuvres de l’auteur cliquez ici.

 

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Goetgheluck Dieudonné La Pécheresse

 

Cette femme qui, de son air innocent, vous regarde pourrait vous dire une phrase du type : « Regardez-moi dans les yeux… J’ai dit dans les yeux ». Dans cette peinture, il y a un brin de provocation autant dans le titre que dans la posture. La qualité de lumière et le décor volontairement dépouillé pourraient presque évoquer une image de mode, comme on en trouve à foison dans la presse. La couleur blanche un peu « cramée » comme on dit en photographie et cette attitude qui attire le regard directement dans son décolleté vous transforment malgré vous en voyeur. Le photoréalisme ici est au service d’une histoire où le peintre s’amuse à vous mettre mal à l’aise autant dans le format (185cm de haut sur 125cm de large)  que par son sujet. Une peinture qui, en soi, ne révolutionne pas le genre mais qui est cohérente vis-à-vis des nombreuses autres peintures de l’auteur. Vous pouvez cliquez ici pour en découvrir d’autres.

 

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Mathilde Millerant Matouchka

 

Une peinture juste, sans épaisseur, sans effet, avec ce qu’il faut de couleur pour habiller une scène qui se compose uniquement avec l’expression de cette femme. La tête auréolée et le travail du drapé nous donnent à penser que la femme est ici magnifiée dans son rôle de mère. Son expression est en contraste direct avec son acte et la situation qui inviterait plutôt au calme et à l’amour. Cette situation est peut-être là pour rappeler que nous vivons dans une société où l’on rappelle en permanence aux femmes leur place. Ou plutôt celle que l’on voudrait leur laisser : abreuver les enfants de leur lait maternel en restant droite et fière, sans exprimer un quelconque mécontentement. Le titre, quant à lui, est sans équivoque sur la vision de l’artiste. « Matouchka » est le terme qui désigne la personnification de la Mère Patrie en russe. Cependant une question reste en suspens : doit-on y voir une simple représentation picturale de plus ou un message sociétal ?

 

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Sculpture

 

 Rasko Vénus de Rungis

 

En observant l’œuvre de Rasko, j’ai immédiatement visualisé une fusion entre Max Ernst, Matisse et Yves Klein. Avec ses formes simples et épurées, le sculpteur ne laisse que quelques lignes directrices afin de diriger le regard tantôt vers l’intérieur, tantôt vers l’extérieur de sa sculpture. Cet auteur a pris pour habitude de réaliser des sculptures minimalistes, dont l’objectif est de se focaliser sur cet essentiel que de nombreux sculpteurs cherchent à exprimer depuis longtemps. Si les références que j’ai évoquées sont lisibles, il reste quand même ces nombreux choix qui permettent au sculpteur de proposer une œuvre d’art qui ne choquera personne et ravira les passionnés du genre.

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 Vincent Dellacherie

 

J’ai tenu volontairement à opposer la précédente sculpture à celle-ci dans la mesure où tout ce qui les oppose les rapproche. Les formes de l’une comme de l’autre sont gommées, et de cette femme en posture de méditation il ne reste que quelques éléments comme cette capuche, la ligne des bras, la forme de son bassin et la ligne externe de ses jambes. Le choix de la couleur est ici lié à la matière qui est un marbre noir qui ne se trouve uniquement qu’à proximité du lieu de vie du sculpteur. Si dans la sculpture précédente il y avait ce choix de la finesse et de la légèreté assumé par un minimum de matière, dans cette pièce l’artiste a diminué au minimum la masse de matière. L’assise est un parfait exemple de choix esthétique qui permet à sa figure de s’asseoir dans tous les sens du terme, sans que la pièce ne paraisse plus massive qu’elle ne l’est.

 
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Bruno Madelaine

 

Une autre femme, un autre traitement de la matière plus traditionnel avec les nombreuses marques d’ajout de matière laissées volontairement apparentes. Une posture de modèle classique et une pose comme on peut en trouver dans les nombreux ateliers de sculpture. Bruno Madelaine travaille dans sa sculpture à la représentation d’une femme plus vraie et plus proche de la réalité, en insistant sur les proportions pour qu’elles soient au service d’une identité personnelle. Sur son site (que vous pouvez consulter ici) vous comprendrez que la femme est au centre de son travail. Je ne vous parle pas d’une femme stéréotypée et stylisée, mais de celle qui prend l’espace en levant les bras, de celle qui passionne les auteurs en prenant place dans leurs ateliers. Toutes ses sculptures sont au service d’une expression et d’une gestuelle les plus naturelles et sensibles possible.

 
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Juliette Choukroun – La sieste

 

Une autre femme, un autre regard. Toujours dans mon jeu d’opposition, cette sculpture s’inscrit dans une esthétique où la douceur s’exprime par une surface complétement lisse avec des lignes souples et tendues. La morphologie n’est pas forcément la plus juste et cela se remarque avec la ligne qui parcourt son dos jusqu’aux fesses. Mais qu’importe puisque cette figure, qui s’inscrirait presque dans une forme triangulaire dans certains angles, possède ce qu’il faut de justesse et de qualité pour entrer dans la catégorie des pièces que l’on mémorise et que l’on a envie d’acquérir.

 

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Liliane CaumontLa Résurgence

 

Dans une sculpture comme celle-ci c’est l’étrangeté de sa structure globale qui interpelle dans un premier temps. Cette femme suspendue dans le vide par une forme en V et qui s’appuie sur différentes parties de corps est des plus intrigante. La perfection de ses lignes et de sa surface s’oppose à ses morceaux de corps qui s’organisent autour de ses jambes. Sous certains angles, des morceaux se confondent avec le corps de cette femme aux faux airs de Marianne. Une sculpture peu courante et qui a le mérite de sortir des sentiers battus dans ce type d’événement.

 

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Christian RampnouxConfidences 3

 

Le cadrage est important, un simple changement de point de vue et tout est différent. C’est l’impression que j’ai eu en observant cette pièce. Il y a quelque chose d’étrange et de dérangeant dans cette sculpture. J’hésite entre ce physique qui me parait bien jeune et la posture frontale qui impose une forme d’innocence faisant échos à cette troublante jeunesse présentée. L’absence de pilosité rendant toute cette peau imberbe, une poitrine discrète ou naissante et un ventre légèrement bombé comme chez les pré-adolescents… voilà en somme quelques éléments qui m’ont rendu perplexe. La présence d’un objet allongé dans la main droite ne m’a pas aidé à restreindre cette drôle d’impression en observant cette sculpture. Il n’y a rien de vulgaire ici, pourtant on pourrait se sentir dérangé par la présence de cette jeune fille dont l’innocence surprend au milieu d’un espace où la nudité et l’érotisme étaient omniprésents.

Dans une seconde lecture, (moins chaste) on pourrait aussi y lire une jeune femme qui parlerait de ses occupations par téléphone tout en gardant l’objet de ses jeux dans la main. Le point commun entre toutes ses œuvres était d’ailleurs dans les titres qui ne laissaient aucune place au doute quant aux intentions des artistes. En allant sur le site de l’auteur, (que vous pouvez consulter en cliquant ici) on trouve d’autres sculptures et notamment l’une d’entre elles qui se rapproche de celle-ci. « Eve » serait la version plus âgée voire plus habillée, et curieusement elle en devient moins présente pour ne pas dire moins remarquable. Est-ce notre société qui nous rend frileux au point de douter de l’intérêt d’une pièce qui met en scène la jeunesse ? Je vous laisse méditer sur la question en images.

 

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Gilles Charbin – Un hémisphère dans une chevelure

 

Cette forme élancée en résine bénéficie d’un superbe travail d’inclusion. Les nombreuses couleurs et matières qui viennent à la parcourir et s’étendre tout au long de sa forme, donnent l’impression de voir un organisme translucide marin recouvert d’écailles sous cutanées. Cette pièce est à la fois comme une forme anthropomorphique qui jaillit et comme un animal au stade larvaire, cette sculpture étonne tellement que, du support à son emprise globale, on cherche à comprendre tout son processus de conception.

 

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Farid Achezegag Hoplite

 

Il y a bien longtemps, j’avais déjà aperçu le travail de Farid Achezegag. Sa manière de procéder est une véritable mise en œuvre personnelle que l’on aperçoit très rarement en salon. En utilisant ici deux matières aussi dures afin de former un buste masculin, il y a de quoi s’arrêter pour observer ce travail de composition. Le poids de la pierre est ici mis en lévitation par l’intermédiaire d’un habile jeu de composition de pièces métalliques. Celles-ci assemblées et contraintes à suivre les formes de pierres nous offrent une vision des plus originale pour une œuvre de très grandes dimensions. Vous avez ici typiquement le genre de sculpture que beaucoup de « Character Designer » pourraient reprendre pour, par exemple, dessiner des personnages de jeux vidéos. Le potentiel inspirant de cet auteur est si fort qu’à mon humble avis, de nombreux auteurs doivent déjà dessiner en partant de son travail. Souhaitons lui de produire plus de pièces dans ce style et de gagner en visibilité. Il m’est d’avis qu’il mériterait vraiment un peu plus d’espace médiatique.

 

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Iztoc Sostarek – Couple dans le vent

 

L’artiste Iztoc Sostarek nous propose un pliage précis et méticuleux au service de la reproduction de kimonos japonais. Ce couple dans le vent s’organisait comme une installation dans un espace confiné. Si la méthode et la réalisation sont soignées, j’aurais souhaité un peu plus d’audace dans la gestion de ces œuvres dont la thématique ne saute pas aux yeux. Ma vision occidentale du couple imagine les individus plus proches et en contact. Cette présentation trop « cintrée » atteste plus une démonstration de savoir faire qu’une mise en scène à la hauteur de ces productions. Un artiste à suivre, pour voir si ses prochaines réalisations s’inscriront dans une démarche plus audacieuse.

 

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Sculpture Animalière

 

Vassil Vieille Lionne

 

Cet animal qui porte le poids de son âge et les stigmates de ses batailles était pour moi l’une des sculptures les plus marquantes du salon. Cette tête, par son traitement, représentait tellement d’émotions qu’il était difficile de ne pas y lire une volonté de la rendre la plus humaine possible. Ses proportions ainsi que la découpe du buste lui donnaient un port noble et amenaient du charisme à cet animal si impressionnant par nature.

 

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Jürgen Lingl-Rebetez – Buste de Lion

 

Sculpter à même un tronc à l’aide d’une tronçonneuse est une technique assez particulière. Ce type de sculpture est toujours impressionnant à regarder une fois qu’on a eu la chance de voir un sculpteur à l’œuvre pour la réaliser. Ceux qui ont bon souvenir de mon billet sur le village de Carla Bayle savent que cette technique a de nombreux adeptes et ne sert pas uniquement dans le cadre de festival de sculptures. Ce buste frappait autant par son volume que par ses découpes franches et précises qui pourraient presque nous faire douter de sa méthode de réalisation. Pour voir d’autres pièces de l’auteur cliquez ici.

 

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Florence Chésade – Face à face

 

Deux crabes qui se toisent, se confrontent, s’observent, pinces dressées, et qui sont prêts à s’affronter. Du moins c’est ce que l’on lit en surface, alors que si l’on s’attarde sur les détails, comme par exemple leurs couleurs ou leurs textures, on peut parfaitement y voir une autre histoire. Un peu comme une sorte de yin et de yang animalier qui traiterait de la dualité de l’esprit animal. Dans cette composition quasi symétrique, un effet miroir s’opère avec ces animaux qui, à mon sens, sont bien plus proches de l’homme qu’il n’y parait. J’ai pu apercevoir une vidéo sur cette artiste qui dessine avant de passer à l’étape du modelage. Il est passionnant de voir qu’il y a encore des sculpteurs qui ne mettent pas de coté cette étape, et qui ont surtout le niveau et la dextérité pour rendre leurs croquis aussi marquant que leurs sculptures.

 

salon-automne-paris-PA161012Deux manières de traiter la texture des crabes s’opposent. D’un coté les traits sont volontairement mécaniques avec des détails clairement reconnaissables comme les vis. De l’autre, des traits plus souples avec des morceaux de coquillages qui s’apparentent à un traitement plus organique.

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Thierry benenatiRequin Cimetière

 

Cet animal est sans aucun doute celui qui de nos jours suscite toujours autant de fascination que de débats sur son avenir. Son image contemporaine surdimensionnée de prédateur depuis « Les dents de la mer » a participé jusqu’à nos jours à lui tailler une réputation d’indésirable et de danger mortel pour les nageurs qui croiseraient sa route. En réalité, il y a un grand nombre d’espèces de requins dont certaines en voie d’extinction et le plus gros d’entre eux est inoffensif pour l’homme puisqu’il consomme principalement du plancton. Peu importe les réalités de la nature, les mythologies sont toujours les plus fortes.

Est-ce sa réputation qu’il traine sous son flanc ou l’image de prédateur mortel qui lui colle à la peau ? Ses nombreuses têtes de mort sont-elles là pour dénoncer le carnage de cette espèce qui est souvent visible dans les eaux de la Réunion en ce moment, par exemple ? Ou bien est-ce là justement une vision déformée et caricaturale d’un animal pour alerter sur une situation écologique ? Faut-il rappeler que certaines espèces sont en voie d’extinction à cause d’une surpêche liée au commerce de sa nageoire dorsale…

Dans tous les cas, Thierry Benenati propose cette année une sculpture aussi belle est surprenante que celle de l’an passé. Sa capacité à poser ses œuvres en équilibre, tout comme sa manière d’exprimer ses idées avec des éléments simples donnent à voir des pièces qui, d’une année sur l’autre, sont toujours aussi fascinantes à observer, et vous poussent à attendre les prochaines avec impatience.

 

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Il y avait d’autres artistes dans ce salon qui auraient eu tout autant leur place dans cet article. Si je n’ai pas présenté leurs œuvres c’est aussi parce que j’ai déjà parlé d’eux dans des précédents articles. Il ne sert à rien de vous les présenter à chaque fois tous les ans. J’aime vous présenter des nouvelles choses et, qui plus est, je présenterai des artistes dans une toute autre série d’articles qui les mettra un peu plus en valeur. Ce fut un plaisir en tout cas de rencontrer des auteurs que j’avais déjà aperçus dans d’autres lieux, et de poser un visage sur d’autres que je n’avais pas rencontrés. J’ai une pensée toute particulière pour Sibre Jacotte et j’espère que son futur projet aboutira. Si c’est le cas, je me déplacerai volontiers pour vous en rapporter des images. Effectuer un salon comme celui-ci est toujours une bonne chose pour voir des auteurs et des œuvres d’art, loin des marchés de la spéculation. Espérons qu’un jour la presse spécialisée portera un regard moins hautin sur ceux qui fabriquent cette matière avec laquelle nous fabriquons nos rêves.

 


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Commentaire sur “Salon d’Automne Paris 2015