Exposition « Wika » d’Olivier Ledroit à la Galerie Glénat


P5249588-olivier-ledroit Toutes les photos ont été prises par mes soins, avec l’accord de la Galerie

 

Olivier Ledroit est un auteur prolifique au talent incontestable et à la créativité hors norme. Ses univers où les fées peuvent croiser d’autres créatures toutes aussi fantastiques s’étendent sur des planches riches en couleurs dont les compositions n’ont rien à envier à certaines oeuvres d’art contemporain. Si sa technique artistique arrive à vous donner l’envie de retourner vers votre table à dessin, c’est en s’approchant et en s’éloignant des oeuvres que vous réalisez que l’outil informatique est quasi inexistant dans sa pratique. Pire, vous réalisez que, non content de s’offrir le luxe de développer un nouvel univers (un de plus!), il cherche à lui donner une dimension plus personnelle à l’aide de rajouts de matières comme de la dentelle et différentes pièces de métal. La créativité d’Olivier Ledroit est juste exceptionnelle et si l’auteur jouit d’une cote d’amour de la part de nombreux fans ce n’est pas seulement pour sa capacité à rendre une scène de bataille épique. Il a su, au fur et à mesure des années, amener son art à une maturité rare et perceptible d’un ouvrage à un autre. Que ce soit la variété des personnages qu’il a su mettre en place dans différentes séries, la lisibilité de ses planches malgré les nombreux détails qui y paraissent ou encore sa technique graphique, rien de ce qu’il entreprend ne passe inaperçu et cela depuis plus de deux décennies maintenant. Si certains de ses titres trahissent un goût pour les femmes sensuelles et meurtrières en se focalisant sur l’identité visuelle de cet auteur, il en ressort surtout une maîtrise de la couleur, du dessin et de la composition qui interpelle et qui passionne.

 

Si vous ne connaissez pas l’auteur et ses nombreux titres, personne (enfin presque personne) ne vous blâmera. Par contre, penchez-vous sérieusement sur l’univers graphique qu’il a développé sur un titre comme « Xoco ». Observez attentivement les dates de publication des titres et par la suite regardez des oeuvres cinématographiques comme « Seven ». A ce moment-là, vous réaliserez que beaucoup de talents français sont ignorés car on ne considère pas leur moyen d’expression à juste titre. En regardant le film Seven (sorti deux ans plus tard) que toute la presse de l’époque avait salué, on pourrait croire que toute son esthétique graphique et l’atmosphère visuelle empruntent à l’oeuvre de Ledroit. Est-ce que l’auteur a su retranscrire une ambiance qui était en avance sur son temps ou est-ce sa situation personnelle de l’époque qui influa sur son style ? Peu nous importe, car le plus important c’est qu’au final malgré la force de son travail celui-ci n’a pas franchi les frontières des passionnés du genre. C’est tout le problème du 9e art : entre les personnalités politiques qui présentent la BD comme un moyen d’initier les enfants à la lecture et les personnages publics dits « intellectuels » qui fustigent ce format, il y a encore du chemin avant de développer une reconnaissance réelle et par conséquent une économie viable dans le monde de la bande dessinée. Malheureusement, ce n’est pas le récent documentaire « sous les bulles » qui infirmera mon propos. Ou encore les auteurs qui annoncent publiquement renoncer à produire des bandes dessinées car le secteur ne leur apparaît plus comme viable, malgré leur expérience et leur carrière dans le milieu.

 

Nous sommes capables en France d’accorder des prime time à des émissions de divertissement où un fou rire sur une saucisse peut monopoliser 5 minutes d’antenne, mais nous sommes incapables de créer des formats courts pour proposer un contenu intelligible et pédagogique qui présenterait les auteurs de BD comme des auteurs aussi respectables que des musiciens ou des metteurs en scène. Les Français devraient se méfier de leur désamour pour leur patrimoine, quand bien même il peut tenir dans 46 pages. N’oublions pas que le réalisateur Sud Coréen Joon-ho bong a pu produire un film en se basant sur la bande dessinée « Le Transperceneige » dont le scénario date de 1982. Je ne reviendrai pas sur la nécessité de créer des nouveaux emplois mais je crois qu’il n’est pas inutile d’insister sur notre incapacité à mettre correctement en valeur notre patrimoine artistique vivant.

 

Pour revenir à l’exposition, je pourrais vous dire que j’ai pris plaisir à observer les planches d’Olivier Ledroit, mais je vous mentirais. J’ai tout simplement adoré les regarder en détails mais fortement regretté de ne pas avoir les moyens de les ramener chez moi à la fin de l’expo. Les tarifs des planches oscillaient entre 2000 et 18 000 euros. Si vous n’aviez pas d’idée pour mon prochain cadeau de Noël, vous avez le choix sur le site de la galerie :-) La galerie Glénat qui a essuyé de nombreuses critiques à son ouverture, (morceau choisi : Je n’ai jamais vu un tel concentré de mauvais goût. Il y a ici toute la bande dessinée que je déteste) a comme d’un coup balayé d’un revers tous ceux qui s’interrogeaient sur son intérêt.

 

Si on peut émettre un regret, en tant qu’habitué des expositions, c’est cette volonté de toujours vouloir s’implanter dans Paris là où tous les autres sont déjà présents. En se plaçant dans cette partie de la capitale, il n’y a pas vraiment de prise de risque dans la configuration de la galerie et surtout un espace trop limité à mon goût. Sans aller jusqu’à un obtenir un espace (ou plutôt un hangar) du genre de celui de Larry Gagosian au Bourget, j’aurais souhaité pouvoir apprécier les planches d’Olivier Ledroit en lumière naturelle avec plus de recul, de confort et de visibilité aussi. N’allez pas croire que j’indique que la galerie est petite, mais quitte à faire les choses en grand j’ai trouvé que cette galerie manquait d’audace dans son architecture intérieure. J’ai la sensation que l’on autorise plus facilement l’idée que l’on peut créer un intérieur conceptuel pour y vendre des jeans plutôt que des oeuvres d’art. A ce propos, d’ici peu je vous présenterai un concept store qui vous démontrera que certains ont compris l’importance du lieu et de « l’expérience utilisateur » dans un secteur concurrentiel.

 

Parfois, pour aborder un marché avec la volonté de s’imposer comme une référence, il est bon aussi de ne pas oublier que l’écrin participe lui aussi à la perception d’une oeuvre. Dans un tout autre registre, les galeries de Yellow Korner et notamment celle qui est face au centre Georges Pompidou vous donnent cette impression de prestige et d’espace à tel point qu’on s’assiérait presque devant les oeuvres qui ne sont pourtant que des reproductions.

 

Il y a quelques jours le coréen Kim Jung Gi était de passage sur Paris pour une démonstration de dessin en « live ». J’ai hésité à me rendre à la Galerie justement pour son manque d’espace et, connaissant la renommée de l’auteur, je ne voulais pas observer son talent de la manière la plus inconfortable qui soit. Un rapide coup d’oeil sur les photos de l’événement par le biais d’une page Facebook m’a comme confirmé qu’on ne pouvait pas y faire d’happening dans des conditions de confort optimales. C’est dommage, mais en attendant d’avoir « le souffle » coupé par une galerie d’art qui ferait figure de fer de lance dans la matière, on appréciera les nombreux auteurs qui à n’en pas douter participeront à cet intérêt croissant pour les oeuvres d’art qui se développent de plus en plus dans le domaine de la bande dessinée.

 

Comme vous pouvez le voir dans les deux illustrations qui suivent Olivier Ledroit n’a pas eu peur de reproduire deux fois le même dessin dans des dimensions radicalement différentes. La toile monumentale était à la fois lumineuse et complètement hypnotique. Impossible de s’en détacher au bout de quelques secondes tant on veut y voir tous les détails et le travail minutieux des nombreux éléments qui la composent.

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Juste pour le plaisir des yeux, je vous ai pris des détails de quelques illustrations. Vous pourrez apercevoir et comprendre comment l’ajout de matières à été effectué afin de venir enrichir plusieurs pièces qui déjà étaient parsemées de détails tous travaillés et positionnés avec soin.

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Les planches et leur composition sont de vrais cours de narration à elles seules. Les couleurs se correspondent parfaitement aussi bien dans le jeu des complémentaires que dans la représentation des différents plans.

 

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De vrais engrenages se dissimulent dans cette planche, allez-vous les percevoir ?

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Une nouvelle vue rapprochée pour observer le travail sur la matière et le jeu de placements des papillons… les fans apprécieront.

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En conclusion, je dirai que la Galerie Glénat gagne un rythme de croisière qui commence à répondre à de nombreux critères de qualité dans la masse des galeries qui se développent sur le sujet dans la capitale. Si Olivier Ledroit nous a fait l’honneur de son travail pendant deux semaines, c’est l’auteur Philippe Druillet qui était présent avant lui dans la galerie. Il m’a été possible de voir quelques pièces qui étaient présentes dans une autre partie de la galerie. Avec un système de rotation de deux semaines et des auteurs de qualité, la galerie va certainement au fur et à mesure du temps trouver son public. Par contre, je pense sincèrement que de nombreuses choses devraient être revues s’ils désirent ne pas connaître le même destin de la regrettée Galerie Slomka. Avoir de belles planches, un bel emplacement et les moyens de communiquer est une base fondamentale. S’imposer durablement passe par d’autres notions comme la qualité d’accueil, l’envie d’aller à la rencontre des visiteurs est bien entendu le petit plus, que ce soit dans l’attitude, le discours ou tout simplement dans le catalogue d’expo.

Le même jour, je me suis offert une autre visite en allant voir les peintures de Luis Royo qui montraient pour la première fois son travail en France. La galerie des petits papiers qui en changeant de nom Galerie (Huberty & Breyne Gallery) en a profité pour changer aussi la configuration de son espace en vous mettant immédiatement dans une ambiance premium qui n’est pas désagréable. J’y ai trouvé une atmosphère et un accueil dignes des professionnels de la vente d’art contemporain. Nul doute que tous les acteurs de la capitale vont commencer à capitaliser sur d’autres points leur commerce afin de démarcher de nouveaux clients. Car n’oublions pas qu’au-delà des images et des ressentis, il s’agit avant tout d’un business et les galeries les plus marquantes ne sont pas forcément les plus « marketing ».

  

Wika – Tome 01 : Wika et la fureur d’Obéron


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