Salon d’Art Abordable 2013 à la Bellevilloise 1


 Salonartabordable

 

 

C’est par l’intermédiaire d’une artiste « connectée » que j’ai eu vent de ce salon, que je ne connaissais absolument pas jusqu’à présent. Quelques tweets et une adresse mail m’ont permis d’obtenir le fameux sésame qui allait m’ouvrir les portes d’un nouveau salon riche en surprises. Je sais ce que vous vous dites à ce moment-là : 

« Mais qui est ce type qui se fait inviter dans tous les salons d’art comme ça ? »

Et bien, pour commencer, on ne m’invite pas (encore) dans tous les salons. Je n’ai pas eu d’invitation pour le sacre d’Ousmane Sow, par exemple. J’espère avoir sous mon sapin un pass pour le salon « Maison et objet 2014 », je dis ça, je dis rien. Je ne suis qu’un homme parmi tant d’autres qui lit les rares notifications Facebook et Tweeter qui parlent d’autre chose que de la prostate d’Hollande et du salaire de Cyril Hanouna, donc forcément je pars déjà avec un avantage de taille, vous l’aurez compris 😉

Blague à part, l’envie d’être surpris m’a guidé au milieu des stands aux styles très variés, comme toujours. Je voudrais juste préciser une dernière chose, ce salon se méritait. La distance parcourue pour y avoir accès m’a permis de lire plus d’un chapitre dans le métro, de voir une superbe fresque de Jérôme Mesnager dans la rue et de trouver un atelier de gravure par hasard. L’avenue de Ménilmontant, si vous ne la connaissez pas, c’est simple : plus vous montez, plus vous pensez au moment où vous allez la redescendre… Passons maintenant à la sélection. J’ai rencontré cinq femmes très talentueuses. Hasard du calendrier, je termine un article sur la place des femmes en art (publié prochainement) et je me retrouve dans ce salon avec des femmes artistes toutes aussi marquantes les unes que les autres. Je vous invite donc à les découvrir.

 

 

Aude Molia est une artiste 2.0 comme je les aime. Elle est l’une des rares artistes à savoir utiliser une messagerie, Tweeter et Facebook, en même temps : champagne ! … En intégrant la notion de communication à son travail, elle a réussi à me faire me déplacer jusqu’à Ménilmontant. C’est grâce à elle que j’ai entendu parler de ce salon qui en était à sa 11eme édition. Mais surtout, c’est par l’intermédiaire de Tweeter qu’elle a diffusé des invitations gratuites pour venir à l’événement. En l’espace de quelques heures, elle m’a envoyé l’invitation avec laquelle j’allais découvrir son œuvre. Je peux affirmer que ses compétences en terme de diffusion sont à la hauteur de sa démarche artistique. N’importe qui vous le dira, mener de front une carrière artistique et prendre le temps de communiquer dessus, ce sont deux métiers différents qu’il est difficile de réaliser conjointement. Pourtant, elle navigue sans complexe entre les deux mondes depuis quelques mois et déjà tout son concept est établi et fonctionne à merveille. 

Aude a une démarche intéressante car elle place l’acheteur au centre de sa réflexion. Pour ceux qui l’ignorent, que ce soit dans le design ou les arts graphiques, la grande tendance à venir sera de placer l’utilisateur au centre de tous les projets. Et c’est un peu comme ça qu’Aude voit sa peinture. Elle se base avant tout sur une rencontre pendant laquelle elle va capter la personnalité de ses clients. Après avoir pris ses repères chez eux pour comprendre dans quel environnement sa toile sera disposée, elle commence alors à réaliser sa peinture tout en communiquant sur son avancement avec ses clients. A la lecture de cette démarche, on pourrait se dire qu’elle se place comme une décoratrice qui effectuerait un travail de commande, sauf qu’elle travaille aussi avec la confiance de ses clients et qu’elle fonctionne en symbiose avec eux. Cela lui permet donc d’appliquer son identité plastique et de ne pas agir comme une simple exécutante.

Se placer comme un artiste au service d’un commanditaire c’est aussi renouer avec une tradition qui rappelle qu’en art tout n’est pas que liberté de thèmes et d’actions. Aller à la rencontre du client pour savoir exprimer ce qu’il veut vraiment n’est pas non plus déplaisant.  Prendre le temps de s’intéresser aux clients, un peu comme dans la tradition de la peinture sur commande, mais avec cette envie d’assimiler leurs désirs et leurs émotions. Cela permet d’écrire une histoire à laquelle on s’attache. Au final, nous obtenons une œuvre qui dépassera l’idée de la décoration.

J’ai pris en photo une toile, juste pour vous montrer que son art, même s’il paraît référencé, raconte d’abord une histoire, une rencontre avec une personne qui voulait avoir un fragment de sa personnalité interprété par une autre. J’ai trouvé l’ensemble de sa démarche très cohérente et réaliste et je ne peux que vous inviter à suivre son travail. Si vous êtes artiste, observez-la, ne serait-ce que pour prendre un cours de communication artistique. Jusqu’ ici, elle fait partie de ceux qui s’en sortent le mieux. Voilà donc une nouvelle artiste à suivre.

PC138457Molia Art – MCMLXXV 

 
 

Lindsey De Ovies est une artiste qui, de par son œuvre, étonne et interpelle dans le bon sens du terme. En découvrant son stand j’y ai vu une cohérence et une qualité rares, que ce soit dans la présentation ou la finition de ses sculptures. J’avais déjà entraperçu ses œuvres par le biais d’internet où elles circulent presque de manière autonome. Les voir en vrai fut une agréable surprise d’autant plus qu’elles étaient nombreuses et, mises bout à bout, elles donnaient cette impression d’être dans une sorte de micro galerie d’art. Dans un salon de cette taille, ça n’a l’air de rien mais ça fait toute la différence. 

En discutant avec l’artiste, j’ai comme tout le monde fait un rapprochement direct avec les femmes en formes et l’œuvre de Botero. Néanmoins, le seul point commun que l’on peut leur concéder c’est cette volonté de célébrer une forme de beauté dans la disproportion vis-à-vis des canons de beauté classique. La comparaison n’ira pas plus loin car les thèmes qu’elle aborde sont plus nombreux qu’il n’y paraît et les messages beaucoup plus subtils. Au fur et à mesure de notre discussion, le passé de styliste de Lindsey m’a amené à penser que son œuvre pouvait être aussi une réaction à l’encontre des diktats de la mode qui condamnent les formes, les âges avancés et les allures atypiques. Dans ce milieu, l’image de la femme est manipulée, déformée et modelée pour correspondre à des réalités non applicables au quotidien. Chez Lindsey, il y a une joie de vivre, une force et une profusion d’idées qui dénotent une envie d’apporter un regard différent sur certains symboles qui représentent la féminité.

Un gâteau d’anniversaire avec une cinquantaine de clous qui scellent la fin d’une jeunesse. Une poitrine sur une balance en pleine période de culte du corps et de la fascination autour de la poitrine féminine. Un corps de femme présenté comme un produit de consommation courant qu’est le poulet, avec ce détail qui tue : A consommer avant 30 ans. Vous voyez, l’humour et la critique sont aussi présents que la recherche formelle et l’esthétisme, dans un ensemble de pièces cohérentes qui se font écho les unes aux autres.

J’aurais pu prendre en photo chacune de ses œuvres et vous en parler sans discontinuer. Mais plutôt que de vous livrer des interprétations avec mes références, je ne peux  que vous inviter à en voir plus sur le site internet de l’auteur. Pour aller plus loin et découvrir plus d’œuvres de cette artiste cliquez ici.

PC138443Splashdown – Bronze

PC138436Thin From The Side – Bronze – 36 x 40 cm 

PC138429Flabbergasted – Bronze – 68 x 66 x 42 cm

PC138432By The Gram

PC138428Poulette! – Porcelaine & acier inoxydable

 

 

Kayoko et Naoko m’ont posé face à un dilemme. En effet, ces deux artistes partagent de nombreux points communs. Le premier, c’est que les deux femmes pratiquent leur activité dans un atelier de gravure collectif de Paris. Le second et non des moindres, leur culture. Elle se fonde sur une philosophie avec laquelle, moins on en dit mieux c’est. Et ce n’est pas moi qui l’affirme, mais elles. Le problème pour ces deux artistes japonaises, c’est que devant un français bavard comme moi, pas moyen d’échapper aux questions. Alors, au bout d’un moment, j’ai quand même réussi à obtenir quelques informations les concernant.

En ce qui concerne Kayoko, j’ai ainsi pu découvrir qu’une de ses influences provenait des dieux de la mythologie Grecque. Son œuvre en photos illustre sa vision du dieu Hypnos, Dieu du sommeil. J’ai trouvé intéressant qu’elle arrive à se dégager de sa culture pour fournir une iconographie qui n’avait aucune référence japonaise perceptible.  N’oublions pas que la culture japonaise a une imagerie très puissante et que le pays n’a pas subi les influences directes qu’ont connues les habitants des pays occidentaux. On peut s’imaginer qu’il faut une grande curiosité pour s’affranchir d’une île où les habitants ont une culture qui se suffit à elle-même et qui n’accepte aucune mutation. J’ai quand même réussi à lui expliquer qu’elle parvenait à s’émanciper de la culture artistique de son pays, son style étant très éloigné de Takashi Murakami, par exemple. Un de ses dessins pourrait faire penser à une œuvre de Chagall mais Kayoko ne travaille pas en révérence à. Elle agit comme beaucoup d’artistes, spontanément sans chercher à créer une influence facilement reconnaissable.

Avouons-le, en France les artistes japonais que l’on diffuse le plus oscillent entre les kanjis (en calligraphie), les mangas et des dessins d’une grande justesse anatomique. Ce qui a beaucoup fait sourire Kayoko. Mais bon, comme vous le verrez dans ses dessins sur son site, il y a des rois, des figures médiévales et de nombreux petits symboles et personnages qu’elle n’explique pas… culture oblige. A vous de voir ce que j’ai vu dans cette œuvre réduite où les motifs et les couleurs sont autant d’invitations au déchiffrage qu’à l’appréciation. 

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Avec Naoko, nous ne sommes pas dans la démonstration technique mais dans une forme de simplicité et de banalité du quotidien, agréablement mises en scène. Les animaux et la nature sont omniprésents dans son travail. Le trait se veut léger pour ne pas dire spontané. Sur le site de l’artiste, on peut voir que chacune de ses gravures est accompagnées d’un petit texte. Ces derniers sont comme des petits haïkus qui accompagnent une scène du quotidien qui devient alors un extrait du temps qui passe. Voici celui qui était présent sous le dessin que j’ai pris en photo intitulé : Au fond des bois 

« Il a plu hier de nombreuses fois.
Ce matin, le ciel était pur et les étoiles brillaient clairement.
Dans la journée, le ciel était bleu et la lumière belle et douce.
Elle éclairait tous les coins. »

Ce que j’ai aimé avec ces deux artistes c’est leur simplicité et la minutie de leurs œuvres qui étaient vraiment de différents formats mais qui tendaient vers la petite taille. Au moment où je me suis dit que c’était un travail de fourmi, j’en ai aperçu une sur un dessin de Naoko, comme quoi il n’y a pas de hasard ! Leur démarche, en tout cas, s’éloigne des clichés japonais : pas de samouraïs ou encore de geisha par ici, mais des codes graphiques occidentaux avec des motifs et des figures de divinités grecques réinterprétés de manière habile pour l’une, et le soucis de la mise en scène graphique très précise pour l’autre.

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Je conclurai avec une autre femme dont la démarche artistique m’a totalement convaincu. Il faut dire qu’elle avait tout pour partir favorite : en choisissant de travailler à la fois sur des peintures et de la photographie, elle avait déjà capté quatre vingt dix pour cent de mon attention. Christine Nobre est une artiste plasticienne à la démarche étonnante. Elle crée des boîtes à lumière, au sein desquelles elle prépare des scénographies à l’aide de ses productions artistiques. Une fois qu’elle a réalisé ses décors, elle installe son appareil photo en face et réalise des clichés, sans intervenir numériquement par la suite. Autrement dit, les images que vous voyez n’ont pas subi de modifications par l’intermédiaire d’un logiciel informatique. C’est elle qui, lors de la prise de vue, a interféré entre son appareil et son décor pour obtenir des visions uniques et originales. Voici un extrait de sa présentation qui résume, en une phrase, la philosophie de ses images :

« Rêve et imaginaire ne font qu’un, illusion et chimère se côtoient, idée et perspective se mélangent, architectures et mouvements se fondent… »

En fabricant ses boîtes à lumière pour mettre en place une autre réalité, j’ai pensé que Christine avait une démarche proche de Man Ray ou Laszlo Moholy-Nagy avec leurs photogrammes. En effet, ces derniers utilisaient la lumière de l’agrandisseur photographique dans leur chambre noire et positionnaient des objets au dessus de leur papier photo, pour obtenir des images radicalement différentes de ce qui se faisait à l’époque. C’est ainsi que son nés les photogrammes.

Les images de Christine rappellent qu’un photographe n’est pas limité dans ses gestes d’auteur. Il n’est pas simplement un exécutant qui capte une image du réel en appuyant sur le déclencheur. En prenant le choix de créer une situation et d’appliquer son savoir faire pour fabriquer des images atypiques, elle met en pratique ce que devraient faire les photographes auteurs du 21ème siècle. C’est-à-dire prendre le temps d’expérimenter à l’aide de nombreux outils des procédés et des mises en scène. Et surtout, ne plus se limiter à appliquer sommairement des filtres « Instagram » sur des photos, en s’autoproclamant professionnels de l’image.

Mes images ne rendront pas l’aspect soigné qui émane de son travail, car jusque dans le choix du support ou de l’encadrement, nous sommes en face de petites pièces agréables à l’œil et pertinentes dans leur ensemble. Nul doute que vous en verrez plus dans les mois à venir car je me suis laissé entendre dire qu’un projet de scénographie à plus grande échelle se mettrait en place, pour vous permettre de rentrer physiquement dans l’œuvre (ou l’esprit) de l’artiste. En attendant, vous pourrez retrouver Christine Nobre pendant les Art’Pros de la ville d’Orsay, au mois de février. Si vous habitez dans la région, n’hésitez pas à aller à sa rencontre, vous ne le regretterez pas. Pour en apprendre plus c’est par ici. 

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 Le Vitrail – 45 x 60 cm
 
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 « Réflexion » – 45 x 60 cm
 
 
 
 
 
 
 

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Commentaire sur “Salon d’Art Abordable 2013 à la Bellevilloise

  • DEBOUCLANS URWANA

    Merci beaucoup pour ces textes parlant du monde l’Art avec un ecertaine humanité, un respect du travail authentique del’artiste, et enfin une prise de parti pour la découverte de l’Autre peintre… Car souvent je me dis, il n’y a pas plus nombriliste qu’un peintre, j’ai beaucoup d’amis sculpteurs, mais les peintres sont hyperprotecterus de leur domaine, « chasse-gardée », et il est difficile d’échanger autant sur le travail d’autrui, c’est pour cette raison que j’aime vos articles…Je suis peintre, et accro de cette activité depuis près de 20 ans, et j’ai hâte de lire ce que vous allez écrire sur les femmes artistes, car ooh oui, il est difficile de se démarquer du travail de nos confrères, en raison bien souvent de notre rôle de maman qui nous occupe une bonne dizaine d’années pour certaines et nous engagerait à ralentir, voir même arrêter, si nous n’avions pas cette petite lueru qui brille ne notre fort intèrieur pour sauver notre intégrité d’artiste : nous avons des choses à exprimer, à montrer, alors allons-y …!

    Une autre petite remarque, car je suis également infographiste de formation, et j’utilise avec de plus en plus de bonheur les réseaux sociaux afin de disséminer un peu de mes images, mes questions, et induire des rencontres incroyables un peu partout sur notre palnète…Cette toile, nous est offerte comme une chance inimaginable de pouvoir partir à l’autre bout du monde (virtuellement), mais tout de m^me , en faisant connaitre nos oeuvres à d’autres créaters, galeristes, organisatuers d’expos, chercheurs de talents, collectionneurs….
    Je participe actuellement à un concours sur le site TALLENGE.COM, il faut parler un peu anglais, et j’adore çà. MAis là encore, nous avons une chance incroyable de bénéficier de traducteurs en ligne gratuits qui nous ouvrent des portes…..
    parlons-en , et j’ai hâte de vous lire de nouveau et de discuter avec vous, alors à très bientôt…
    Bravo pour votre curiosité, c’est génial,
    Urwana