Carnet de voyage : Nantes, ville inspirante 2


 

 Nantes, une ville historique pour son commerce… d’êtres humains.

 

Avant même de vous présenter la ville et ses nombreux points d’intérêt, je ne pouvais éviter d’aborder son passé historique. Pour observer une ville et se laisser guider par son inspiration, il faut aussi être capable d’en connaître et d’en comprendre l’histoire. Nantes est une ville portuaire qui a servi au commerce triangulaire. La partie du centre ville avec ses nombreux bâtiments et son architecture témoignent d’un passé où la richesse que générait le commerce des esclaves est clairement identifiable. Ne souhaitant pas faire l’impasse sur son histoire et voulant affronter la réalité historique, contrairement à d’autres villes de France, Nantes dispose en son sein d’un mémorial dédié à l’esclavage. A titre informatif, il n’existe aucun autre monument de ce type sur tout le territoire français. Ailleurs par contre, et notamment en Guadeloupe, on vient juste d’inaugurer un musée sur l’esclavage cette année. Le sujet de la traite négrière est encore trop difficile à accepter, autant pour beaucoup de Nantais que pour de nombreux français. Il est plus confortable de se réfugier derrière l’idée que puisque tout le monde y participait, et qu’il s’agissait d’une autre époque, il est donc inutile d’en parler…

 

Peu importe le pays et les faits historiques, l’histoire qu’elle nous plaise ou non, guide, influence et permet de mieux comprendre les relations entre les hommes. Je ne vais pas débattre des conséquences de l’esclavage ici, mais je n’allais pas écrire que Nantes est une ville magnifique sans en évoquer aussi bien les points positifs que les points négatifs. Si nous ne devons jamais succomber à la tentation de réécrire l’histoire, la meilleure manière pour une ville comme Nantes d’aborder dans un premier temps le sujet de l’esclavage résidait dans la réalisation d’un mémorial. La ville a pour cela clairement intégré dans son parcours touristique en centre ville des éléments intelligemment mis en valeur, afin de faire prendre conscience aux visiteurs de l’ampleur du commerce triangulaire. Et nous ne pouvons que saluer la création du site internet dédié au mémorial qui vous donnera autant les détails du projet que tous les textes et citations qui y sont diffusés. Pour y accéder cliquez ici.

 

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Si l’un des premiers éléments qui fut posé se limitait à un chêne et une plaque (à peine visible) avec des chaines, le parcours qui vous mène jusqu’au mémorial peut en déstabiliser plus d’un. En effet, ce sont tous les noms des navires recensés au départ de Nantes qui ont été placés sur le chemin qui vous dirige jusqu’au mémorial. Représentés par de petites plaques, c’est au bout de quelques mètres que les chiffres prennent une dimension physique que l’esprit humain n’arrive même pas à imaginer. Juste pour vous donner une idée du rôle de Nantes dans ce commerce, c’est environ 41% des esclaves captifs qui sont partis depuis ce port. Pour vous aider à visualiser maintenant un nombre, vous pouvez facilement imaginer l’intégralité de la ville de Toulouse et une partie de sa périphérie ou encore la ville de Lyon et une partie de sa périphérie, soit environ 550 000 personnes. Vous comprendrez alors que lorsque je lis que l’on s’étonne du coût de construction de ce mémorial, je me dis personnellement que l’on regarde la facture à l’envers.

 

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Vu du pont situé à proximité, le mémorial est assez discret et se fond littéralement dans le décor. Était-ce un choix architectural d’être aussi invisible à une certaine distance ? La question se pose quand on voit la variété et les prises de risque esthétique des bâtiments récents construits à Nantes.

 

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Une fois à l’intérieur des lieux, vous découvrez une atmosphère brute, souterraine et inconfortable, qui évoque sans peine les cales de bateaux négriers. De nombreux textes imprimés sur les larges panneaux mis en lumière viennent évoquer la question de l’esclavage à travers les âges avec des mots forts et des auteurs incontournables. Les plus empathiques se laisseront émouvoir par des écrits justes aussi puissants les uns que les autres. Des sonorités aux tonalités sombres se font entendre par intermittence, et pour bien comprendre comment l’ambiance sonore a, elle aussi, été travaillée voici un lien vidéo qui vous permettra d’en savoir plus.

 

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Le long couloir vous mène à une salle où toutes les dates d’abolition de l’esclavage sont affichées. Les différences entre les pays, allant de quelques années au siècle, sont assez frappantes pour que n’importe qui puisse comprendre l’étendue de cet horrible commerce. A la fin de la visite, vous en ressortez avec l’image de cette carte qui formalise les réseaux de la traite et les chiffres. Surtout celui qui fait le bilan du nombre d’hommes et de femmes au départ de l’Afrique et le nombre de ceux qui sont arrivés à quai. Nombre de captifs partis : 5 695 000, nombre de captifs arrivés 2 296 000…

 
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Nantes : faites le voyage !

 

Après cette introduction historique qui je l’espère n’aura pas été trop lourde pour vous, je vais enfin aborder ce qui vous a amené à lire cet article : Nantes, une ville inspirante. Je dois avouer que, comme beaucoup de franciliens, ma carte de France n’était pas très étendue quand j’étais plus jeune. Le goût du voyage et de la découverte des régions françaises est venu au fur et à mesure des années, et l’envie de découvrir des sites culturels autres que ceux de Paris ne m’est venue que sur le tard. Je n’ai pas honte d’avouer ici que la ville de Nantes ne figurait pas sur ma carte pour plusieurs raisons. La première est surement liée à des conditions météo. Entre un parapluie et un maillot de bain, en général quand on fait sa valise on n’hésite pas trop longtemps. Et quitte à mettre les pieds dans le plat, je n’étais pas très enjoué à l’idée de découvrir une ville portuaire avec un passé aussi lourd. Dans mon imaginaire, Nantes était une ville froide, inintéressante avec une architecture sans surprise, voire connotée du fait de son passé.

Profitant d’une amicale invitation, je me suis résolu à découvrir cette ville et à parcourir les rues de Nantes… Et je n’ai pas été déçu du voyage. Un heureux hasard de calendrier m’a permis de tomber en plein festival : « Nantes faites le voyage ! ». Lorsque vous découvrez Nantes pour la première fois, ce n’est plus un voyage c’est une expédition. Si vous n’y avez jamais été, ne perdez pas de temps à finir la lecture de cet article. Connectez-vous sur un site de voyage et faites vos réservations. Les Franciliens n’ont aucune excuse : 2h en TGV depuis Paris, ce n’est même plus un cadeau, c’est une offrande. Pour les autres, le jeu en vaut la chandelle, quand vous découvrirez tout ce que cette ville vous offre comme programmation culturelle, vous commencerez à regarder les annonces immobilières.

Pour revenir sur cet événement et la ville, c’est simple : pour un amoureux des arts comme moi, Nantes s’est hissée à un très haut niveau d’intérêt. Quand vous allez découvrir les « quelques » images que je vous ai ramené de mon périple, je reste persuadé que vous aussi vous commencerez à comprendre mon point de vue sur le potentiel créatif de cette ville. D’ailleurs, j’ai hésité à vous en parler et je me suis dit qu’à force de traverser des villes potentiellement intéressantes pour les artistes et les créateurs, j’étais contraint de créer une nouvelle rubrique :  Carnet de Voyage.

 

Fit For a Queen

 

Dans les douves du château des Ducs de Bretagne, Patrick Dougherty vous propose une œuvre à base d’assemblages de branchages. A la fois intrigante et parfaitement intégrée, vous passez naturellement dans les passages de cet ensemble labyrinthique pour vous laisser prendre au jeu des déambulations au travers de l’œuvre. Si les enfants sont en général les premiers à courir à l’intérieur, les adultes ne rechignent pas non plus à s’y aventurer. Il faut dire qu’une fois dedans, vous vous laissez prendre au jeu des photos et recherchez les détails qui vous permettraient de comprendre comment toutes ces branches sont assemblées les unes aux autres. L’emplacement des douves n’est pas une mauvaise idée au vue de la place et de la matière de cette œuvre. Le contraste entre le château et les branches n’est pas choquant et si l’artiste avait structuré son œuvre avec un style gothique, on aurait pu croire qu’elle datait d’une autre époque.

 
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Stellar

 

Je n’ai pas eu d’autre choix que de zoomer sur l’image afin que vous puissiez bien voir qu’il ne s’agissait pas ici d’un « grand 8 » de parc d’attraction mais bien d’une installation à base de chaises de terrasse. Baptiste Debombourg a composé son œuvre « Stellar » dans un emplacement où les chaises font partie du décor. La structure a beau être imposante et aérienne, elle se fond dans la masse et l’immense place qui l’accueille parait, pour le coup, faite pour ce type d’œuvre. Pour l’avoir vu sur place, je me dis que si elle vient à être démontée, elle laissera derrière elle un immense vide. C’est tout le problème de ce type d’œuvre, une fois intégrée dans un décor on n’arrive plus vraiment à le concevoir sans. Les passants, quant à eux, ont bien compris le potentiel photographique de cette sculpture et se placent tous sur les chaises pour effectuer un maximum de photos. L’art n’a jamais été aussi interactif qu’à Nantes où tout est fait pour que vous puissiez être l’acteur principal de ce chemin de découvertes artistiques.

 

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Le Passage Sainte-Croix

 

Le foisonnement des lieux accessibles gratuitement et la qualité des expositions m’ont beaucoup surpris, dans la mesure où l’on sent cette volonté de diffuser des arts sans en minimiser les moyens. Tous les lieux culturels sont accessibles via un fil conducteur, à savoir un fil vert peint à même le sol. En le suivant, vous allez parcourir la ville et tomber dans des lieux différents comme celui-ci : Le Passage Sainte-Croix. Dans cet espace il était possible d’accéder à l’une des expositions du Musée Nomade. Le musée Nomade c’est quatre lieux au sein desquels un artiste invité (Jocelyn Robert) a mis en relation des œuvres de la collection du musée des beaux arts de Nantes avec ses propres œuvres et d’autres provenant de la collection du musée national des beaux arts du Québec.

 

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En plus de l’exposition du Musée Nomade, une exposition permanente était accessible. « Questions d’homme, quel monde à venir ? » Un parcours qui s’organisait en quatre espaces pour quatre questions : Pourquoi suis-je là ? Pourquoi cela va si mal ? Que peut-on espérer ? Quel salut possible ? Vous pouvez voir un exemple de scénographie de l’une des pièces dans l’image ci-dessous.

 
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Le lieu Unique

 

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Le lieu unique porte bien son nom. Non content d’investir un ancien bâtiment industriel, le « LU » vous permettra de découvrir différentes expositions gratuites, dont l’exposition Ultima. Une exposition qui permet de percevoir différemment l’univers du jeu vidéo par le biais de projections de vidéos, d’expositions de consoles et d’illustrations comme celle présente ci-dessous. En un clin d’œil, vous pouvez par exemple comprendre l’évolution d’une ergonomie de manettes de jeu.

 

Exposition Ultima

 

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Du mobilier en bois vous accueillait pour observer des jeux vidéos d’ancienne génération et pour y jouer aussi. Le fond de la salle se tapissait de projections vous donnant l’impression d’être dans une dimension où le virtuel est omniprésent. Une scénographie d’une grande qualité et qui pourrait en inspirer plus d’un pour créer une exposition du même type ailleurs.

 

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Les consoles étaient présentes sous une vitrine qui semblait être interminable et qui s’étendait sur pratiquement toute la largeur de la salle d’exposition. On en deviendrait gourmand en souhaitant que des bornes d’arcades viennent compléter le tableau. Cependant, leur absence dans la salle n’a pas discrédité la qualité de l’ensemble.

 

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Chevalier de la Résignation Infinie

 

Toujours visible dans le lieu unique, cette installation de l’artiste Diane Landry est composée du recyclage de 237 bouteilles remplies de sable. L’installation ressemble à une sorte de mécanisme d’horloge qui joue sur l’apparition et la disparition de la lumière. En vous asseyant en face de ces « semi-readymades » (terme employé par l’artiste pour les désigner) vous pouvez contempler ce ballet lumineux et sonore que le bruit du sable vient agrémenter, comme pour remplacer le son d’une horloge traditionnelle. Cette œuvre veut interpeler les spectateurs sur la notion de recyclage et d’écologie. Que l’on soit réceptif au principe d’installation ou non, elle pourrait effectivement permettre de nouer le dialogue avec des personnes hermétiques à ce type de productions.

 

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 Un patrimoine architectural traditionnel et contemporain assez riche pour être inspirant

 

Nantes est un véritable petit paradis pour ceux qui veulent apprendre à dessiner. Elle l’est tout autant pour les amoureux du patrimoine et des curieux par nature. Les perspectives, les bâtiments, les points d’intérêt sont assez variés pour organiser de bonnes sessions de dessins en extérieur, sans avoir l’impression d’avoir parcouru des kilomètres pour tout voir. Que ce soit en matière d’architecture classique ou contemporaine, vous ne pourrez pas échapper à la beauté des nombreux bâtiments qui composent cette ville. Au pire, vous les prendrez en photo, au mieux vous les visiterez.

 

Passage de la Pommeraye

 

Paris, comme bien d’autres villes, possède des passages couverts, mais cela n’est rien à coté de celui-ci. Ce magnifique passage qui s’ouvre sur plusieurs rues a la particularité d’être sur plusieurs niveaux. Si sa configuration est liée à l’histoire de la ville, ce lieu singulier nous donne l’envie d’en avoir un dans chaque ville de France. Quant à la lumière et les nombreuses sculptures qui le décorent, elles lui donnent un cachet autant appréciable par les artistes que les touristes lambda.

 

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La Chapelle du CHU

 

La chapelle du CHU de Nantes est une des nombreuses pépites qui sont présentes en ville. C’est totalement par hasard que je suis tombé dessus. Les Nantais ne la connaissent pas forcément et pourtant sa façade mérite le coup d’œil. Lors d’un prochain voyage, j’essaierai d’y pénétrer pour voir l’espace que l’on dit imposant à l’intérieur. En attendant, je ne peux que vous indiquer le nom du sculpteur de ces bas reliefs de toute beauté, Raymond Delamarre.

 

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Des œuvres variées à travers la ville

 

Comme dans toutes les villes, de nombreux trésors se cachent dans les coins de rue comme cette magnifique sculpture qui est assez majestueuse pour attirer le regard. Certes, vous n’en aurez pas autant qu’à Paris mais les rares pièces que vous verrez ne vous laisseront pas de marbre.

 

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Cette fresque magnifique qui s’étend sur 125 m2… est un des nombreux bijoux sur lesquels vous pouvez tomber par hasard. Cette œuvre d’Alain Thomas est une véritable ode à la couleur et viendra rehausser les tonalités dans un quartier où rien ne laissait présager la présence d’une telle peinture.

 

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L’île de Nantes

 

Pour faire court, l’île de Nantes c’est la mise en pratique de ce que l’on appelle l’effet Bilbao. On ne peut pas parler de cet espace (337 hectares !) sans révéler qu’il se façonne depuis les années 2000. Si vous prenez une zone aussi étendue et que vous décidez d’y adjoindre la volonté d’y insérer la culture et une mixité architecturale de qualité, vous obtiendrez ce genre de résultat : un espace qui donne l’impression que rien ne va rester comme vous l’avez vu et qu’au prochain passage de nouvelles choses y seront disposées.

 

L’île de Nantes se compose de plusieurs quartiers et celui de l’île des machines en est devenu le symbole le plus médiatique. La ville a su prendre le pari de mettre à disposition des concepteurs François Delarozière et Pierre Orefice un espace d’envergure pour y exposer leur projet artistique en lieu et place des anciens chantiers navals. En imaginant un univers s’inspirant du monde de Jules Verne et en créant des animations autour de toute cette machinerie, les nantais deviennent les témoins privilégiés de la création d’un parc qui pourrait devenir, à terme, aussi connu que celui de Disney. Que ce soit dans l’immense hangar qui accueille l’éléphant mécanique et les espaces d’expositions ou encore le manège monumental au sein duquel l’éléphant vous dépose, le projet est une véritable réussite. Tout le monde n’est peut-être pas fan de ce pachyderme de métal qui se déplace lentement, mais le regard des enfants à son passage est, à lui seul, un témoignage des souvenirs qu’il crée sur son passage.

 

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Cet immense monstre mécanique vous dépose directement dans cet autre manège complètement démesuré qui permet aux plus jeunes de prendre place dans un carrousel sur plusieurs niveaux.

 
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L’arbre à Basket

 

Il y a tellement de sculptures et d’événements artistiques que je ne peux même pas tous vous les montrer. Cette sculpture, par exemple, n’en est pas vraiment une puisque les joueurs de basket peuvent l’utiliser, comme ce fut le cas le jour de mon passage. Et comme de nombreuses installations dans la ville, cette prise de risque et cette touche d’humour ne sont pas sans vous donner l’envie de toujours en voir plus.

 
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 Les Anneaux

 

Que l’on soit fan ou non de l’œuvre de Daniel Buren, il est certain que ces anneaux qui viennent agrémenter le parcours sont des pièces d’une grande force esthétique et symbolique. Instinctivement, en apercevant ces anneaux, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapport avec les chaines que portaient les esclaves. Il n’y a aucune plaque qui officiellement attribue l’œuvre au commerce triangulaire mais l’artiste ne nie pas la référence à ce passé. Il va jusqu’à les rendre visible de nuit. Les 18 anneaux étant disposés le long du quai, ils s’illuminent la nuit et viennent apporter une touche plus poétique et moins froide aux lieux que durant la journée.

 

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Résolution des forces en présence

 

Cette sculpture qui ne manque pas de piquant vient s’insérer dans un cadre qui laisse entrevoir de multiples interprétations. On ne sait plus vraiment si c’est un vestige du passé maritime ou du passé médiéval. Sa forme est-elle une référence à l’ossature d’un bâtiment, ou à l’ossature d’une créature marine ? On s’imagine tellement de pistes pour comprendre cette sculpture de Vincent Mauger qu’au final, on n’en finit pas de l’observer pour apprécier le mouvement et la maitrise dans sa réalisation.

 
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Rien n’échappe au recyclage sur l’île, des hangars aux matériels lourds, tout est prétexte à y mettre quelque chose afin de lui donner une nouvelle dimension ludique. En plaçant une planète au bout de cette immense grue, cette idée en devient un parfait exemple.

 

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On va marcher sur la lune

 

Pour cette installation, l’agence Detroit Architectes s’est associée à l’artiste Bruno Peinado. Ils ont ainsi réalisé ensemble cette immense surface molle et grise qui intègre dans ses différents cratères des trampolines. Jouant sur l’idée d’une représentation terrestre de l’apesanteur, ils nous offrent la possibilité d’évoluer sur un fragment symboliquement lunaire sur Terre.

 
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Une ville portuaire donc… des bateaux, beaucoup de bateaux.

 

Que l’on soit face à lui ou sur la rive d’en face, ce bateau comme d’autres d’ailleurs ne laisse pas indifférent. Quand je vous évoquais la possibilité de dessiner dans chaque recoin de la ville, les Nantais ont la chance d’avoir une multitude de points de vue dans un espace restreint. Pas besoin ici de prendre un RER pour changer d’air, en un coup de vélo vous êtes déjà dans une autre atmosphère. Cet ancien bâtiment militaire, Le Mailé-Brézé, est le premier musée naval flottant. Quand vous faites la somme de tout ce que je vous ai déjà précédemment montré, vous remarquerez que dans un périmètre restreint vous évoluez dans une atmosphère où rien de ce qui accroche l’œil n’est là par hasard.

 
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Le quartier de la création

 

L’île de Nantes est une zone en mutation depuis plus de dix ans. Autant vous dire que résumer en quelques lignes un projet d’une telle envergure est tout simplement impossible. Je vais donc me concentrer sur quelques points importants. Lorsque je découvre qu’un quartier se nomme : le quartier de la création, je n’ai pas d’autres choix que de m’y rendre. Dans cette zone donc, vous pouvez découvrir de nombreux lieux, voire des identités radicalement différentes pour le plus grand bonheur des yeux. La liste des projets est vaste cliquez ici pour en savoir plus. On aimerait voir beaucoup de projets similaires dans le centre de nombreuses agglomérations. En ce qui me concerne, j’ai suivi naturellement les points d’intérêts de « l’île des machines » jusqu’à l’école d’architecture. Et déjà, en survolant les lieux, je n’ai pas été déçu de tout ce que j’ai pu apercevoir. Comme par exemple cet immense mètre à ruban de Lilian Bourgeat, ou encore la façade du bâtiment « Manny » qui accueille des activités liées à l’architecture et au design.

 

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 Le Skate ô Drome

 

L’école d’architecture accueille sur son toit une structure en bois : le Skate ô Drome. Créée par l’association nantaise Unity 4 Ride et réalisée par le Collectif Fichtre, elle est visible depuis l’autre coté du rivage. C’est à la fois une curiosité et une invitation à s’essayer à la pratique d’un sport de glisse. J’ai personnellement failli demander une planche pour m’y essayer mais n’étant pas certain d’y survivre pour vous raconter mon périple, je me suis abstenu.

 

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 L’absence

 

Cette masse bleue à la forme curieuse et qui pourrait même rappeler un concept d’architecture d’une autre époque se nomme « L’absence ». Placée à proximité de l’école d’architecture, elle abrite un petit bar. Elle est le fruit de l’Atelier Van Lieshout, accoutumé à la production d’objets architecturaux où le thème du corps est largement abordé. On leur doit aussi des objets et d’autres projets atypiques qui mériteraient que vous cliquiez sur le lien de leur site pour en apprendre un peu plus. Ici cette proposition détonne mais ne choque pas dans un environnement où l’on enseigne à des étudiants à imaginer les bâtiments de demain.

 

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Un point négatif ?

 

Après toute cette escapade, je me permettrai un avis qui m’est apparu quand je terminais mon parcours du quartier de la création. Alors que je prenais en photo des graffitis, je me suis étonné de cette omniprésence de tags qui viennent dégrader volontairement des œuvres ou des bâtiments. Ce fléau s’étend en centre ville sur différentes façades de bâtiments, allant même côtoyer des œuvres de qualité. Je me suis permis une retouche sur le mur de la fresque d’Alain Thomas (évoqué plus haut), car je ne pouvais diffuser une image avec un tag « dégueulasse » qui n’avait d’autre but que de salir le travail d’un auteur. Toutes les villes ont leur fléau. Et au vu de certains messages, que je ne peux même pas reproduire ici par décence, si je devais émettre un avis voire un conseil à la mairie, ce serait le suivant : S’il vous plait, nettoyez toutes ces cochonneries qui entachent le travail de ceux qui militent pour un art de rue de qualité. D’autant plus que j’ai remarqué de magnifiques graffs que je vous laisse le soin de découvrir ici-même. Et je ne parle même pas des nombreuses initiatives (espaces et murs légaux dédiés à cette pratique) et des multiples festivals qui permettent de s’exprimer sans finir avec des menottes aux poignets…

 

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Il y en avait d’autres tout aussi intéressants dans un autre quartier mais j’admets les avoir laissé de coté pour un prochain voyage ;-). Pour clore cet avis concernant les tags, la ville développe une énergie folle depuis 2012 pour les nettoyer. (cliquez ici pour en savoir plus sur ce sujet). On parle de 1,2 millions d’euros dépensés pour les nettoyer, juste pour l’année 2012… Pourtant, par mesure de sécurité, les agents ne peuvent intervenir au-delà de 3m de haut. Malheureusement pour les habitants, les messages les plus nocifs s’étalent aux derniers étages des immeubles. Ce que j’ai appris en me renseignant quelque peu sur le sujet c’est que les tags sont devenus tellement problématiques pour la ville qu’elle doit faire fasse à une grande variété de tags. Vous avez donc les classiques tags racistes (islamophobes voir l’article en cliquant ici et xénophobes voir cet autre article en cliquant ici), ensuite les tags de « Crews » (tapez tag et Nantes dans un moteur de recherche pour voir l’ampleur des dégâts) et enfin des tags de revendication politique (voir l’article en cliquant ici). Le mémorial dont j’ai parlé dès le début de l’article a été lui aussi vandalisé cette année (voir l’article sur le sujet en cliquant ici). Preuve s’il en fallait encore que la ville va devoir apprendre à gérer au plus vite ces dérives qui sont bien loin de ce bel idéal du vivre ensemble…

 

Conclusion

 

Nantes est définitivement une ville inspirante et n’importe quel créatif en manque d’inspiration aurait tout intérêt à parcourir cette ville rafraichissante. Je n’ai pas évoqué ici les grandes avenues spacieuses et cette sensation d’avoir une ville pour soi. Se faire bousculer ici sera difficile mais trouver un endroit où sortir son carnet de croquis ne sera pas contraignant non plus. Mon appareil photo a comptabilisé plus de 500 images en deux jours, après seulement deux promenades de quelques heures. Une semaine complète m’aurait surement donné plus de matière, mais j’ai trouvé un nouveau prétexte pour quitter la capitale plus souvent.

 

Je ne peux qu’inviter les artistes qui ont des ateliers sur Nantes et les structures culturelles innovantes à se faire connaître. Mon prochain passage pourrait être ainsi l’occasion de se rencontrer, d’échanger des mots et voire même de discuter de projets. Si j’ai pris soin de noter les centres d’intérêt à l’image d’un touriste de passage, c’est bien en tant que créatif que j’ai effectué une veille et commencé à réfléchir à des possibilités dans cette ville qui semble avoir un plan de route où la culture n’est pas piétinée comme c’est si souvent le cas ailleurs. Si vous décidez d’y aller à la suite de cet article, faites-le moi savoir. Je suis curieux de connaître vos avis sur cette ville.

 

Pour aller plus loin :

 

Le parcours en détail avec sa carte en cliquant ici.

L’audioguide disponible gratuitement en ligne en cliquant ici.

Le livre de François Delarozière qui permet de voir la création des machines du croquis jusqu’à leur réalisation.


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2 commentaires sur “Carnet de voyage : Nantes, ville inspirante

  • Prouteau

    bonjour
    Pour un détail mais l’histoire de la mémoire nantaise , ce n’est pas simple! Ce sont quatre chênes de la liberté dans divers endroits de la ville et non un seul qui ont été plantés le dix mai 2006 pour la première édition de la commémoration de l’esclavage des traites et de leurs abolitions.

    • Antoine Titus Auteur du billet

      Comme vous le précisez, l’histoire n’étant pas simple, il n’y a pas de trace de ces 4 arbres dans les différents documents que j’ai pu consulter sur le sujet. La plaque elle-même n’est pas numérotée 1/4 par exemple. Si le hasard ne m’avait pas permis d’en rencontrer une, je n’en aurais jamais entendu parlé. 2006 étant loin pour Google, toutes les infos relatives à une commémoration nous ramènent au mémorial et uniquement à celui-ci. J’ai pris soin d’exposer un point de vue et des images sur mon site. Libre à vous d’enrichir Wikipédia en les photographiant une à une et d’en recenser leur position dans la ville si vous y habitez. Ce travail permettra surement à d’autres de s’informer toujours un peu plus sur le sujet. Merci d’avoir pris le temps de lire l’article et d’y avoir adjoint cette précision.