Orlinski, Pourquoi j’ai cassé les codes


Richard Orlinski est-il un Artiste Contemporain ou un expert en Marketing ?

 

Qui est Richard Orlinski ? Si vous n’avez jamais entendu parler de l’homme, vous avez peut-être aperçu certaines de ses œuvres. Pour ma part, c’est à la foire de Paris en 2013 que l’une de ses sculptures a attiré mon attention. Non pas que je la trouvais particulièrement intéressante, disons simplement qu’elle était inévitable. C’était un immense gorille en savon qui trônait au milieu d’une pile de savons. Voilà comment l’auteur avait su titiller ma curiosité. Cependant avec le temps, ses œuvres sont devenues visibles et influentes. A tel point qu’on ne voit plus un salon, un événement ou une grande foire sans l’une de ses sculptures. Cela est-il vraiment pertinent ? La multiplication de la visibilité peut créer un effet de lassitude. Et au-delà, interroger sur la démarche réelle de l’artiste. Est-il à la recherche de visibilité ou cherche-t-il à vendre à tout prix ?

 

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Si aujourd’hui on ne compte plus dans la décoration des œuvres à facettes, la marque de fabrique Orlinski est désormais bien ancrée dans le paysage artistique. En apercevant son livre en bibliothèque, vous comprendrez pourquoi je n’ai eu d’autres choix que de m’y plonger.

 
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Un début de lecture un peu laborieux

 

Je ne vous cacherai pas qu’au fil des premières pages la lecture a été difficile. Sur le plan littéraire, je n’ai pas ressenti un confort de lecture équivalent aux biographies de ce type. Il faut dire que la succession de phrases courtes et affirmatives est une entrée en matière assez difficile à lire. D’autant plus que je ne savais pas si on cherchait à m’imposer une personnalité ou à m’en faire découvrir une.

« Car je suis sculpteur. Et l’un des rares, voire le premier, à avoir tenté de démocratiser sa production, de la rendre visible et accessible sans pour autant renoncer à ses ambitions artistiques. »

Une fois passée la première impression et 90 pages… on accède enfin au cœur du livre de l’artiste. Après une présentation rapide de sa carrière et une infiltration dans sa vie privée, du temps de son enfance, l’homme se livre enfin sans détours.

C’est à ce moment que l’on découvre une deuxième partie véritablement plus fluide et intéressante. L’auteur nous dévoile sans complexes ses choix de production. Il n’hésite pas à évoquer des éléments de sa vie privée, permettant ainsi de mieux cerner sa personnalité. Si avant cette lecture je n’avais aucune opinion sur l’artiste, une fois son livre terminé, je me suis dit : « qu’il continue et surtout qu’il ne s’arrête pas ! ». Je le trouve personnellement plus proche d’un artiste contemporain dans sa démarche personnelle que dans ses productions. En dérangeant l’ordre établi, il devient lui-même une œuvre. C’est-à-dire qu’on lui oppose souvent de produire des sculptures sans « concepts » contemporains ; alors que sa manière d’agir l’est pleinement. Et c’est assez jouissif de voir qu’au final ceux qui rédigent des notices de 4 pages sur des espaces vides, manquent de mots pour présenter son travail.

 

Un procès surprenant mais instructif

 

Malgré tout, en dépit de ses succès, Orlinski n’était pas forcément à l’abri de toutes les attaques. L’expérience du procès qu’on lui a intenté est bien abordé dans son livre. D’ailleurs, quoi qu’on pense de l’artiste, on peut lui accorder d’avoir réussi quelque chose d’exceptionnel. Il est parvenu par le biais d’un procès, à démontrer qu’un galeriste et son artiste n’avaient pas le monopole d’une esthétique. Cela pourrait vous paraître évident, mais n’oubliez pas que des sommes importantes sont en jeu.

Dans le monde de l’art, produire des œuvres et les vendre jusqu’à 15 millions d’euros peut déclencher des ulcères à bon nombre de professionnels. Et faire face à des personnes aussi influentes, pour les voir s’incliner par une décision de justice, cela crée un précédent. D’autant plus quand la presse traditionnelle vous condamne, alors que vous ressortez victorieux d’un procès à charge. J’ai du relire deux fois le passage tellement je l’ai trouvé plaisant. Et j’en ris encore… Quelle audace (de la part de ses accusateurs) de croire que l’on détient un style unique, alors qu’il est dérivé de l’industrie et de l’imagerie 3D.

S’il y a une chose des plus intéressante à retenir dans cet ouvrage, c’est la capacité d’un artiste à déranger un système bien établi. Par ailleurs, la démonstration est bien mise en place pour le présenter comme un caillou dans la chaussure. Autant le titre de ce livre nous promet une démonstration que je n’ai pas trouvé. Autant la vie de l’artiste est des plus intéressante vis-à-vis de la succession de choix qui ont jalonné son parcours. Je ne pense pas que Richard Orlinski ait cassé les codes. Je crois au contraire qu’il les a parfaitement maîtrisé. Et par conséquent, il a réussi à casser ceux qui sont persuadés de les avoir créés.

 

Une figure artistique dérangeante extrêmement plaisante

 

De mon point de vue, Richard Orlinski n’a pas cassé les codes artistiques sur le plan esthétique. Par contre, il a brisé des tabous, fait sauter des verrous et il incarne à lui seul une irrégularité française. Le nombre de galeristes français influents étant peu nombreux (à l’échelle internationale), il est presque impossible d’imposer de nouvelles références françaises sur notre propre territoire. De nombreux articles pointent du doigt l’incapacité de notre pays à porter des auteurs jusqu’en tête des classements. Condamnant ainsi les artistes à s’expatrier pour vendre, obtenir une reconnaissance et revenir avec des cotes inaccessibles. L’histoire est courante dans le milieu de l’art et dans d’autres milieux comme la musique ou le cinéma.

En fait, il faut observer Richard Orlinski sur plusieurs plans, et l’opposer aux artistes internationaux. Le premier c’est qu’il joue de son image et qu’il en paie le prix. Il le reconnaît et admet publiquement ses failles. En comparaison, combien d’artistes essaient de nous vendre des concepts foireux, en se réfugiant derrière une supériorité intellectuelle ? La FIAC qui lui ferme ses portes alors qu’elle expose sans états d’âme des spaghettis dans des préservatifs.  Ou encore l’artiste Li Wei qui crée (dans un autre salon) une « performance »  en se faisant suspendre par une grue au grand palais, déguisé en cosmonaute…

On ne peut alors reprocher à Orlinski de légitimement s’interroger sur le statut d’artiste contemporain en France. D’autant plus que l’on a fait un pont d’or à Jeff Koons pour qu’il expose à Beaubourg. Alors pourquoi nier un artiste au seul titre que son principal défaut est d’être français ? N’oublions pas que Jeff Koons est connu pour être un ancien trader. Le changement de carrière serait légitime pour un américain et inadmissible pour un français ? Où allons-nous ?

 

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Conclusion

 

En fin de lecture, ce livre vous confirmera ce que nous savons déjà. Il faut beaucoup de moyens et de soutiens pour émerger aujourd’hui sur le territoire français. Des alliances, des parrainages et des adoubements sont plus qu’utiles pour s’infiltrer. Et si par malheur vous ne correspondez pas au schéma mis en place par les faiseurs de rois, il y a de grandes chances pour que votre carrière ne dépasse jamais un plafond de verre bien établi.

Je ne peux que vous conseiller de lire cet ouvrage pour de multiples raisons. La première serait déjà pour comprendre un personnage que l’on a pris en grippe trop rapidement. La seconde pour se forger sa propre opinion sur un homme que l’on a catalogué comme « artiste commercial ». Alors que pour ma part, il est plus proche aujourd’hui d’un directeur artistique que d’un sculpteur. Et enfin pour embrasser une lecture qui ne vous cachera rien. Les coups bas (et ils sont nombreux), les tentations, les envies personnelles et l’ambition rare dans cette discipline. Voilà autant de petits points d’intérêts qui, mis bout à bout, vous feront sourire plus d’une fois.

 

Un manque de précisions et de documentation

 

Ce qui m’a manqué dans ce livre ce sont des chiffres et des références précises. J’aurais souhaité voir des courbes de progression de résultats, une cartographie des galeries représentant l’artiste. En clair, des visuels comparatifs qui m’auraient permis de situer Orlinski dans le marché de l’art. J’aurais trouvé intéressant de le comparer à d’autres artistes de sa génération, par exemple. 

Sur le plan de la démarche artistique, il n’y a presque rien.  Son concept d’animaux sauvages a des limites que j’aurais souhaité voir développer. Tous les créateurs partent de quelque chose, d’un mouvement voire d’un sculpteur précis. Et c’est ce qui m’a manqué dans ce livre qui, pour le coup, pourrait apparaître comme une mise au point. On peut avoir cette sensation de lire une sorte de livre à charge. Un recueil à destination de tous ceux qui ont mis des bâtons dans les roues à cet artiste se déclarant hors norme.

 


 
 
 

Pourquoi j’ai cassé les codes


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