Coronavirus, le déni de réalité face à la pandémie 1


Le Coronavirus a démontré avec force et fracas que la nature peut à tout moment changer les règles du jeu. Bien que de nombreuses vidéos d’experts circulaient sur la nécessité de changer de modèle de société, la majorité des acteurs économiques faisait la sourde oreille. Et puis soudain, on est passé des débats sur les terrasses chauffées à plus de terrasses du tout ; d’une création d’un nouveau modèle de retraite, à une mortalité exponentielle de personnes dans l’âge de la retraite. Et enfin, d’une période de contestations en vue d’augmenter les revenus des plus précaires, à la nécessité de ne pas l’être afin de pouvoir s’alimenter en situation de confinement. Je pourrais tout autant établir une liste de débats et d’annonces qui ont perdu de leur teneur du jour au lendemain.

 

Cependant, je n’en ferai rien tant l’heure n’est déjà plus aux comptes mais à la réflexion pour l’avenir. C’est pourquoi dans un premier temps, il faut accepter de voir la réalité en face. En bravant les recommandations de confinement, certains français ont montré un visage longtemps caché aux yeux du monde : celui de l’irresponsabilité. Nous étions nombreux, partagés entre colère et incompréhension en observant des gens totalement déconnectés de la réalité pandémique. Et ce qui a choqué bon nombre d’entre nous, c’est naturellement que ce phénomène était visible à travers toute la France.

 

La prise à la légère du Coronavirus a créé une situation dramatique

 


 

Du carnaval organisé le soir de l’annonce du Premier Ministre, (article et vidéo en cliquant ici) aux promenades et pique-niques du week-end … tout était surréaliste. Je ne m’attarderai pas sur le précédent rassemblement de schtroumpfs (voir en lien ici) qui avait déjà fait bondir les italiens en confinement. Tout comme je laisserai de côté la manifestation des gilets jaunes à Paris. En fait, je crois qu’il est primordial qu’à partir de maintenant certains français acceptent l’idée de se réveiller.

 

On a pendant longtemps critiqué les politiques en déclarant qu’ils étaient hors sol. Nous avons condamné le Président Macron en déclarant qu’il agissait comme un roi au sein d’une cour. Nous avons accepté les règles d’un jeu qui nous rend dépendants d’une consommation soutenue en nous croyant inébranlables. Et qu’avons-nous constaté lorsqu’une consigne simple et formelle nous demandait de rester chez nous ? Des Clowns déguisés comme pour un carnaval faisaient des balles au prisonnier sur le thème du Coronavirus. S’amusant, chantant et dansant comme des cigales à la barbe de fourmis qui se préparaient à l’isolement.

 

Greta Thunberg pourrait utiliser à nouveau sa fameuse phrase, mais cette fois-ci dans un tout autre contexte : How dare you ? Comment osez-vous ? Ce à quoi, en parfait avocat du diable, je lui répondrais : impossible n’est pas français ! Je lui expliquerais comment, en France, notre modèle de société fabrique méthodiquement une nation d’individualistes. Naturellement, en exploitant à outrance toutes les ficelles du Marketing, une nouvelle tendance a émergé :

 

Le déni de réalité

 

Aucun domaine n’est épargné par cette volonté de nier le réel. Il vous suffit de regarder comment nos messageries sont inondées d’offres promotionnelles. Peu importe que le secteur soit industriel ou culturel, chacun tente de sauver les meubles. Confinement ne veut pas dire qu’il est interdit de consommer… quitte à mettre en danger ceux qui nous livrent. Je pourrais vous en parler en long et en large, de cette société du divertissement qui cherche à nous vendre en toute circonstance. Pourtant, je préfère me concentrer sur 5 points importants pour enrichir mon propos :

 

1 _ La technologie

 

Les nouvelles technologies ont parfaitement fusionné avec notre quotidien. Aujourd’hui, seules les notifications captent notre attention. Elles doivent être courtes, attractives et répondre à un besoin précis de notre part. Vous pouvez configurer votre smartphone pour n’être informé que sur certains sujets et pas d’autres. Ce qui explique aussi comment l’information a du mal à circuler parfois. La télévision n’étant plus centrale dans un foyer, ce qui n’apparait pas dans un smartphone n’est plus réel.

 

2 _ Le live

 

L’information en direct est la seule qui a le droit de cité. Nous l’avons vu depuis les attentats de 2015. Actuellement, une information doit être en direct pour avoir une  emprise sur notre conscient. Toutes les informations qui sont retransmises sont soumises au doute (voire au complotisme) et au jugement. Qui n’a pas entendu cette fameuse phrase :  Tu as des sources ? C’est devenu un automatisme pour certaines personnes. Notamment quand elles sont mises à mal par des réalités trop déstabilisantes.

 

Tant qu’on ne filme pas des patients en train de mourir en live dans des hôpitaux, les gens ne se sentiront absolument pas concernés.  Nous l’avons vu maintenant clairement avec le Coronavirus. Si toutes les catégories d’âges ne sont pas touchées par un fléau, il n’a pas d’emprise sur la population. Nous ne sommes devenus sensibles aux images que lorsqu’elles revêtent un aspect cinématographique. Notre cerveau a besoin de cette mise en scène pour créer l’identification. Dans le cas contraire, on ne se sent absolument pas concerné par les événements.

 

3 _ La désinformation

 

Les « platistes » nous faisaient encore rire, il y a peu. Ces personnes qui n’acceptent pas que la Terre est ronde sont une source inépuisable de moqueries. Et pourtant, ils gagnent en volume, s’organisent et fusionnent avec d’autres courants de pensée. À l’image des courants créationnistes qui réfutent l’existence de Darwin, allant jusqu’à créer des parcs d’attractions qui mettent en scène l’arche de Noé. Si vous leur parlez de l’origine du monde, c’est simple, pour eux la planète n’existe que depuis 6000 ans… La datation au carbone 14 est présentée comme une hérésie.

 

Ces exemples les plus extrêmes ne sont rien à côté de ces millions de français qui se gargarisent d’intox. Au point de douter de la présence des américains sur la lune. Les « hoax » sont devenus si nombreux qu’il est désormais impossible de les faire disparaître. Ce qui crée des effets boomerang sur une information erronée. Cela a entrainé la création de sites de vérification d’infos comme « checknews », qui ne peuvent malheureusement traiter qu’un petit volume d’informations. La dernière fake news « dénonce » la création du Coronavirus par un laboratoire français. Et malgré le démenti, une partie de la population soutient cette version des faits…

 

4 _ L’intelligence artificielle au service des loisirs et de la désinformation

 

Effacer des touristes sur une plage, rajeunir de 20 ans à l’aide d’un filtre ou encore coller le visage d’un président sur un acteur, sont autant de possibilités que de sources de problèmes. Avec son développement, Instagram a poussé ses utilisateurs à ne plus accepter une image sans filtres. On ne peut même plus se fier aux photos, tant elles sont retouchées… et cela peu importe le sujet. Des applications vous permettent de changer de visages. Et cela crée des problèmes d’un nouveau genre.

 

Avec la technologie des « deepfakes » on se rapproche du secteur des effets spéciaux. Et toutes ces pratiques mettent en évidence un réel problème. À savoir, accepter le monde au naturel avec des arbres qui ne brillent pas et des photos sans filtres. Le cas de l’influenceuse chinoise Qiao Biluo est l’exemple parfait. Elle utilisait un filtre numérique pour changer de visage auprès de sa communauté. Malheureusement, celui-ci a connu un bug et la supercherie a été démasquée. Si vous voulez en savoir plus, un article disponible ici vous expliquera en détails cette histoire.

 

5 _ L’ethnocentrisme

 

Les français vivent majoritairement dans une bulle et pensent représenter une norme internationale. Dans ce cas précis, on parle de Francocentrisme. Nous avons toujours Versailles mais nous ne sommes plus à l’époque de Louis XIV. Il est parfaitement envisageable d’opposer notre exception culturelle à celle des autres pays. Gastronomie, arts et artisanat, architecture et design sont des secteurs présents dans le monde entier. On trouve d’excellents vins en dehors de notre territoire. Il y a de grands projets architecturaux et d’éminents professionnels à l’étranger. Il faut désormais évoluer et comprendre où se trouve notre place dans cet échiquier mondial.

 

À force de se croire supérieure aux autres, une nation peut sous estimer des crises, qu’elles soient économiques ou sanitaires. N’oubliez pas que les français pensaient que le virus ne les toucherait jamais. Depuis longtemps, on nous chante que nous avons le meilleur système de santé au monde. Enfin, c’était avant que l’on nous apprenne que la Lombardie (l’Italie a un système de santé régionalisé) avait le meilleur système de santé européen. Et cette région n’a pas réussi à contenir l’épidémie.

 

On aime dire qu’en France on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Cela est parfaitement vrai, tout comme le fait que nous ne disposions d’aucune ressource susceptible d’influencer des marchés. Les terres rares et les métaux précieux ne sont pas en France métropolitaine. Et toutes les concessions d’exploitations aurifères de la Guyane ne sauveront pas l’économie d’un pays en pleine crise identitaire.

 

Doit-on continuer… ou bien changer nos habitudes ?

 

Si vous prenez les cinq points précédemment évoqués, vous comprenez comment aujourd’hui il est difficile de contraindre les français au confinement. En France, les bons conseils sont toujours pour les autres, mais jamais vraiment pour nous. C’est un point culturel, comme celui qui pousse à chercher sa baguette alors qu’on a stocké du pain de mie. Risquer sa vie pour un crouton (ou quignon pour les sudistes ;-)) deviendra une blague ou le titre d’un sketch bientôt. D’ici là, il faudra choisir son camp. Soit on se réveille et on apprend à anticiper l’avenir, autrement qu’avec un livret A. Soit on continue de faire comme si rien ne s’était passé.

 

Il y a longtemps déjà, je m’exprimais en disant que nous avions remplacé à tort les celliers par des dressings. Est-ce que cette crise sanitaire va provoquer un renouvellement de cette pratique ? Où va-t-elle accroitre des frustrations d’achats et par conséquent des ruées vers les boutiques en fin de crise ? Nous sommes face à une équation inconnue qui se complexifie jour après jour. Et dans le même temps, nous sommes bien dans une expérience unique où chacun va se retrouver face à ses aspirations, ses doutes, sa vie sociale … et forcément face à des remises en question.

 

Ceux qui hier se disaient qu’ils réaliseraient leur rêve plus tard vont-ils s’appliquer à les réaliser en fin de crise ? Au-delà des pratiques individuelles, ce qui m’intéresse surtout, c’est comment les industries culturelles vont réagir. Depuis longtemps, vous le savez, je suis au contact d’artistes, de musées, de centres d’art et j’en passe. Et à chaque fois, le même constat. J’ai cette impression d’être face à des gens qui ne prenaient pas la mesure de l’importance d’internet. Mes lecteurs les plus fidèles s’en souviennent, je l’avais écrit en assumant mon propos :

 

Les français utilisent internet comme un Minitel

 

C’était en 2014 dans un article qui s’intitulait : Les artistes tous ensemble ou chacun pour soi ? Malgré tout, les professionnels ne me prenaient pas au sérieux. Arguant que mon manque d’expérience m’éloignait d’une réalité française chiffrée. Hors que savons-nous en 2020 ? Que l’illectronisme numérique est croissant et qu’il touche autant les plus âgés que les plus jeunes. Sujet ô combien intéressant que j’ai encore évoqué dans un article pour BeCreative que vous pouvez consulter ici.

 

L’illectronisme écarte des personnes âgées d’internet. Les plus isolés et les plus faibles se retrouvent avec des caddies trop lourds pour eux, dans une période de confinement. Les sorties sont plus fréquentes et donc le risque d’exposition plus grand. Autrement dit, nous savons aujourd’hui que l’incapacité à commander vos produits sur internet vous expose à un virus mortel. Un jour, cela sera plus officiel et chiffré, mais on peut d’ores et déjà dire que l’illectronisme peut tuer.

 

« Nous sommes en guerre » … une formule pour réveiller ? 

 

Avec sa formule, le Président a souhaité marquer les esprits. Le problème c’est qu’il le fait à un moment où la parole politique n’a plus de poids pour une grande partie de la population. Il faudra plus que des mots et des enveloppes budgétaires (ou rustines, au choix) pour désamorcer cette situation. Cette période s’annonce dure et violente pour ceux qui ne s’y étaient pas préparés. Pour d’autres, c’est une vérification de routine. C’est-à-dire que nous allons tester en grandeur nature si tous nos préceptes tiennent le choc du réel.

 

Prétendre et être artiste, deux visions qui vont émerger

 

Je me suis toujours considéré comme un artiste. Les nombreux articles que j’ai écrits sur ma vision de la profession en témoignent. J’ai souvent rencontré des gens qui se sont présentés comme étant eux aussi des artistes. Cette période va mettre en lumière ceux qui le sont occasionnellement et ceux qui le sont quotidiennement. Loin de la posture romantique et au plus proche des réalités parfois inconfortables du statut. Un artiste professionnel a son atelier, une autonomie, une pratique à la fois artistique et curative. J’avais pour habitude de dire : offrez-moi une grotte, et j’en ferai un nouveau « Lasco ».

 

Ce n’était absolument pas de la prétention. Cette image signifie tout simplement deux choses. La première est mon aspiration à m’éloigner de la densité suffocante de cet urbanisme croissant. La seconde vise à mettre en lumière que certains artistes peuvent se mettre à l’écart du monde, à la manière des ascètes. Et cela sans faire d’efforts particuliers. Nous pouvons quitter la société du spectacle, pour embrasser un monde de sens multidimensionnel. Cela sous entend que l’on peut se passer des terrasses et des jeux de représentations sociales. À partir du moment où vous choisissez d’être un passeur d’émotions, les crises ne sont que des médiums pour vos messages.

 

Conclusion

 

Au risque d’en choquer plus d’un, le temps présent est déjà pour moi de l’histoire ancienne. On lit ici et là des reproches, des réprimandes, ainsi que des articles à charge envers l’exécutif. Pour ma part, tout cela est du temps perdu. Les médias mainstream continuent d’alimenter les peurs et les rancoeurs. Et comble de la folie de cette histoire, on voit des plateformes pornographiques et des chaînes comme Canal+ nous proposer la gratuité de leurs contenus… Pardon, mais ce n’est pas un plan à trois en Haute Définition ou le dernier Fast and Furious qui m’intéresse.

 

J’aurais préféré que la presse artistique officielle nous offre des accès gratuits à leurs articles. J’aurais apprécié que certaines applications TV passent en mode gratuit pour diffuser de l’art au plus grand nombre. J’ai bien peur que ces souhaits restent comme des lettres mortes. Le cynisme des fournisseurs de contenus tend à nous souhaiter bon courage entre deux pubs pour des ordinateurs et des frigos. Pour ce qui est de l’information artistique, Le Souffle Créatif reste un site gratuit et en accès libre pour le monde entier 😉

 

Cette période de Coronavirus ne fait que commencer et je pense l’aborder sous différents angles. C’est pourquoi, bientôt, dans un prochain article je vous expliquerai comment anticiper le futur. J’essaierai de vous convaincre de la pertinence de penser comme un designer. Et je tenterai de vous projeter dans le futur du secteur culturel français. D’ici-là, confinez-vous autant que possible, et prenez soin de vous.

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